Interview de Gérard Mestrallet dans Challenges

Challenges : Avec 6 000 CDI, dont 1 200 pour des cadres, GDF SUEZ est un des premiers recruteurs de France. Pourquoi embauchez-vous ?

Gérard Mestrallet : Nous sommes aujourd’hui le deuxième fournisseur d’électricité du monde. Par tradition, nous sommes plutôt des bâtisseurs : nous construisons des barrages ou de grandes centrales électriques. Nous venons ainsi d’achever un barrage au Brésil, chantier qui a mobilisé 26 000 personnes. Pour son pilotage au quotidien, 200 personnes suffiront. En Europe, en revanche, nous quittons le monde ancien des grandes centrales pour un autre, totalement nouveau. En quinze ans, grâce aux technologies du numérique et des énergies renouvelables, la taille des unités de production d’électricité a été divisée par 1 million. C’est une révolution qui change tout. La production d’électricité d’avant, c’était beaucoup de capital et peu d’emplois. Aujourd’hui, la transition énergétique crée de la croissance (2,5% par an en France) et des emplois qui sont localisés au plus près des territoires. C’est l’énergie distribuée.

 

Cela induit le changement de votre organisation…

Cela veut dire qu’en Europe nous basculons vers des métiers de services au plus près du client. C’est le client qui va déterminer nos nouveaux métiers. Microcogénération, microgéothermie… Tout est devenu micro. Pour nous, la croissance en termes d’emploi est là, dans les énergies renouvelables, les services d’efficacité énergétique, et les nouveaux métiers au carrefour du numérique et de l’énergie. La France est au cœur de cette révolution, et nous prévoyons de l’accompagner avec 6 000 recrutements en CDI prévus en 2014, plus de 4 000 dans l’énergie et près de 2 000 dans l’environnement. Notre engagement est de recruter 20 000 CDI d’ici à 2015 dans ces deux domaines. Si nous ajoutons à ces chiffres de CDI les autres recrutements, dont les CDD, il faut pratiquement doubler ces ordres de grandeur.

 

Est-ce pour cela que, le 12 octobre, vous avez organisé une journée du recrutement en France ?

Oui. Et nous l’avons fait sur 40 sites de l’entreprise partout en France. Une sorte de journée portes ouvertes, où toute personne pouvait rencontrer dans nos unités des salariés bénévoles et déposer un CV. Plus de 500 volontaires se sont mobilisés le samedi 12 octobre dernier pour accueillir les demandeurs d’emploi sur nos sites. Nous avons reçu 6 000 CV, et près de 1 500 candidatures sont en cours d’examen.

 

Concrètement, en quoi consistent vos nouvelles missions ?

Prenons l’exemple des collectivités locales, qui sont nos clients traditionnels, notamment pour le chauffage, le traitement des eaux ou les déchets. Elles veulent des technologies moins émettrices de CO2, et sont de plus en plus orientées vers l’efficacité énergétique de leurs installations. La région Alsace nous a ainsi demandé d’améliorer l’efficacité énergétique de quatorze de ses lycées. Nous avons fait une proposition permettant de réduire de 30% leur consommation d’énergie. Nos ingénieurs ont posé le diagnostic, puis ils ont assuré la mise en œuvre de nos recommandations. Aujourd’hui, nous avons déjà atteint 35% de réduction de la consommation énergétique des bâtiments.

 

Quels sont les profils recherchés en priorité ?

Nos besoins portent essentiellement sur des métiers techniques et opérationnels, dont les qualifications sont appelées à s’élever, comme des électromécaniciens et des électrotechniciens, ou des métiers spécialisés, comme des soudeurs et des tuyauteurs. Chaque année, nous recrutons également 1 200 cadres en France, dont 75% d’ingénieurs chargés d’affaires ou chefs de chantier, soit l’équivalent de trois promotions d’écoles d’ingénieurs. D’ici à 2015, nous avons aussi prévu de recruter 8 000 jeunes. L’orientation de GDF SUEZ vers le client nécessite aussi un fort développement des commerciaux.

 

L’image de GDF SUEZ correspond-elle à ce que recherchent les candidats ?

Nous construisons une image plus moderne. Nos équipes doivent être performantes sur les plans technique, énergétique et digital, et adhérer à nos valeurs qui sont l’engagement, l’audace, l’innovation et la cohésion. Nous leur offrons en retour la perspective d’une double mobilité. Mobilité de métier d’abord – nous avons 300 métiers dans le Groupe – avec la possibilité de passer du nucléaire au gaz ou à l’hydraulique ; mobilité géographique ensuite, d’un pays à l’autre. Les deux tiers de nos salariés reçoivent chaque année une formation complémentaire. Nous augmentons sans cesse leur employabilité.

 

Comment les attirez-vous ?

Les métiers de la transition énergétique plaisent, car ils incarnent la lutte contre le réchauffement climatique, et les candidats y sont sensibles. Cela fait des années que nous sommes engagés dans le développement durable, du fait de nos métiers et de nos convictions. Par ailleurs, nous sommes un des groupes français les plus internationalisés, avec une présence industrielle dans plus de 50 pays et une présence commerciale dans plus de 100 pays avec nos filiales d’ingénierie.

 

Cette dynamique internationale change-t-elle votre façon de travailler ?

Oui. Pour les appels d’offres internationaux, nous sommes capables de créer des équipes multidisciplinaires et multiculturelles. Au Qatar, c’est une jeune femme qui dirigeait une équipe composée de dix-sept nationalités différentes qui a remporté un appel d’offres pour l’exploration et la production de gaz naturel. C’est une grande force. Sur les six dernières années, nous avons remporté 60% des grands contrats proposés au Moyen-Orient. A chaque appel d’offres international, il faut constituer des équipes capables d’évoluer dans des environnements réglementaires, juridiques, financiers, culturels et linguistiques complètement différents.

 

Que faudrait-il faire pour que l’environnement en France soit plus favorable au recrutement ?

Ce qui nous manque, c’est la fluidité. Au-delà de tous les efforts de simplification, nous sommes très favorables à l’alternance et aux contrats d’apprentissage et de professionnalisation. Nous accueillons 5 000 alternants au sein de GDF SUEZ. Il faut aussi faciliter l’accès aux formations diplômantes. Je préside le conseil d’administration du Cnam. Avec 100 000 auditeurs et 1 million d’anciens élèves, c’est la plus grande université de France, dédiée à la promotion du travail et à la formation continue des adultes tout au long de la vie. Utilisons-la davantage et mieux pour accélérer la mutation économique de notre pays. Il serait intéressant, par ailleurs, de bâtir de nouvelles relations entre grandes et petites entreprises d’un même secteur ou sur un même territoire, pour que les secondes bénéficient de l’appareil de formation des premières. Enfin, il faut améliorer les relations entre les universités et les entreprises. Elles sont beaucoup plus naturelles partout ailleurs, y compris en Chine.

 

La génération Y rechigne de plus en plus à travailler dans les grandes entreprises. Etes-vous sensible à cette réticence ?

C’est très juste. Nous avons d’ailleurs réalisé que notre organisation classique verticale n’était pas la plus adaptée à l’éclosion des innovations et des nouveaux métiers. J’ai pris plusieurs initiatives en 2013 pour changer les choses. J’ai constitué d’abord un séminaire de management composé de cadres dirigeants pour les faire plancher sur nos nouveaux métiers. En parallèle, j’ai demandé, hors circuit hiérarchique classique, à 130 de nos jeunes cadres à haut potentiel de rencontrer chacun dix personnes dans l’entreprise, puis de me faire des préconisations. Enfin, j’ai interrogé en direct les membres d’un réseau de 1 000 femmes de l’entreprise Women in Networking.

 

Quel est le résultat de tous ces échanges ?

Un fourmillement d’idées tel que nous avons décidé de créer une direction Innovation marketing et nouveaux business. Elle devra mettre en œuvre une nouvelle façon de travailler. Nous allons, par exemple, créer des incubateurs en Europe, en Amérique et en Asie, et générer de petites équipes qui travailleront hors hiérarchie pour développer leurs idées. Il y a une très forte attente dans le groupe pour que l’audace soit plus récompensée. Avec ces structures nouvelles, nous répondons à cette attente. Après, il va falloir «délivrer».

 

Propos recueillis par Héloïse Bolle et Anne Tézenas du Montcel pour le Magazine Challenges, dossier «Recrutement 2014»

 

 La politique de recrutement de GDF SUEZ en France

GDF SUEZ déploie en France une politique de recrutement ambitieuse. Les secteurs de l’efficacité énergétique offrent notamment de fortes perspectives de carrière pour les techniciens et ingénieurs. Les besoins portent essentiellement sur des métiers techniques et opérationnels : techniciens, électromécaniciens/électrotechniciens, ingénieurs, chefs de chantiers, chargés d’affaires, soudeurs/tuyauteurs. Pour rappel, GDF SUEZ emploie 74 000 personnes en France et compte parmi les entreprises qui recrutent le plus dans l’hexagone. Il aura en effet recruté 6 000 personnes en CDI en 2013. Cette dynamique s’est illustrée dernièrement lors d’une opération volontariste de mobilisation en faveur de l’emploi le 12 octobre dernier.

L’engagement du Groupe en faveur de l’emploi dans l’hexagone se retrouve également dans les engagements pris en faveur des jeunes via le contrat de génération (8 000 jeunes recrutés d’ici 2015). Enfin, GDF SUEZ mène depuis quelques années une politique volontariste en faveur de la mixité : un accord européen sur l’égalité professionnelle signé en 2012 et des objectifs chiffrés ont été fixés à horizon 2015 (un cadre dirigeant nommé sur 3 sera une femme, 35 % de femmes parmi les hauts potentiels, 25 % de femmes cadres, 30 % de femmes dans les recrutements).