Anne Prieur-Vernat

Anne Prieur-Vernat

 

Lorsqu’on lui demande la qualité qui la décrit le mieux, Anne Prieur-Vernat marque un temps d’arrêt, lève les yeux au ciel pour mieux réfléchir, puis esquisse un sourire, avant de lâcher d’une voix humble :

« Je suis curieuse, j’aime comprendre. »

De la curiosité, cette jeune chercheuse du ENGIE Lab Crigen de 37 ans, au contact facile et au regard bienveillant, en témoigne depuis son plus jeune âge : elle apprend à jouer de la flûte traversière dès huit ans, s’illustre dans un cours de théâtre à l’adolescence et adore la littérature (Le Vieil homme et la mer est son livre de chevet) comme le cinéma (elle confesse des larmes devant Out of Africa et parle avec enthousiasme des Combattants de Thomas Cailley)

 

Anne Prieur-Vernat

De doctorante chez Gaz de France à chercheuse pour ENGIE

Mais c’est dans le cadre de ses études qu’elle a véritablement étanché sa soif de connaissance. Tout d’abord dans une classe préparatoire aux grandes écoles, au Lycée Chaptal, à Paris, puis à l’Ecole nationale supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM), qu’elle intègre en 1998.

« Pendant ces trois années, passées entre Angers, Paris et Bordeaux, j’ai tout particulièrement apprécié les travaux pratiques de fabrication – on faisait de la fonderie, de l’estampage, de la soudure, etc. –, mais aussi le travail de recherche, lors de mon stage de fin d’études au laboratoire de l’ENSAM. C’est pourquoi j’ai enchaîné sur une thèse en entreprise, dans le cadre d’une CIFRE (Convention industrielle de formation par la recherche), qui portait sur l’usage des forêts pour le stockage de carbone et la production d’énergie. »

C’est de là que date son premier contact avec Gaz de France, dont la Direction de la Recherche lui ouvre les portes. « J’ai été agréablement surprise par l’ouverture d’esprit qui y régnait », se souvient-elle. Après sa soutenance de thèse, elle intègre, en 2005, l’Institut français du pétrole (IFP), où elle se familiarise avec l’analyse du cycle de vie (ACV) des carburants.

« Puis, j’ai eu envie de lever le nez et de m’intéresser à d’autres aspects du domaine de l’énergie. »

Par un heureux concours de circonstances, la chef de projet sur ces questions du ENGIE Lab Crigen la contacte pour lui proposer de la remplacer. « C’était fin 2009, après la fusion entre GDF et Suez. J’ai aussitôt accepté », raconte Anne, qui intégrera ses nouvelles fonctions en décembre 2010, après la naissance de son deuxième enfant.

 

Anne Prieur-Vernat

Sa mission au ENGIE Lab Crigen : évaluer les impacts environnementaux

Anne Prieur-Vernat

Dans son bureau avec vue sur le Stade de France où l’accompagnent quelques dessins de ses enfants et de Friedensreich Hundertwasser, elle explore depuis les cycles de vie (ACV), au point de devenir la référente de l’expertise ACV au ENGIE Lab Crigen.

« La vocation du centre est non seulement de développer de nouvelles techniques, mais aussi de venir en appui aux différentes entités du Groupe, afin de leur permettre d’améliorer leurs pratiques. L’ACV y joue un rôle important. »

Pour cause, cette méthode globale, née dans les années 90, vise à évaluer les impacts environnementaux d’un système, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie. Elle s’applique aussi bien à la chaîne gazière dans son ensemble qu’à des procédés ou des produits particuliers comme un procédé de désulfuration sur des sites de stockage de gaz ou un compteur de gaz communiquant.

« Concrètement, on identifie les étapes d’un cycle de vie, et on dresse pour chacune d’elles un inventaire des consommations d’énergie et de matières, et des émissions dans l’air, l’eau et le sol. On traduit ensuite ces inventaires en impacts environnementaux. Cela concerne, par exemple, le changement climatique : après avoir comptabilisé les émissions de gaz à effet de serre, on les caractérise pour aboutir à un indicateur en CO2 équivalent, ce qui donne une idée des impacts dans le domaine. »

Après avoir évalué avec ses collègues les impacts sur l’environnement des différentes chaînes gazières existantes et en développement – gaz naturel liquéfié (GNL), gaz naturel carburant –, de l’électricité produite par ENGIE ou de l’activité de certaines Business Units du Groupe, pour ne citer que quelques exemples, Anne poursuit actuellement ses travaux autour de trois grandes thématiques : l’empreinte eau, les ACV appliquées aux bâtiments et les impacts environnementaux des procédés développés dans le projet GAYA, qui vise à développer une nouvelle filière de production de biométhane de deuxième génération.

« À l’arrivée, nos études apportent des éléments d’aide à la décision. Elles permettent d’orienter des choix de recherche et développement, de construire des argumentaires pour défendre certaines filières, de suivre l’effet d’actions sur l’environnement et, enfin, de mieux connaître notre activité. »

Anne Prieur-VernatChercheuse et animatrice de réseau

Le quotidien d’Anne ne se limite pas aux évaluations. Depuis quelques années, elle anime, au sein d’ENGIE, une communauté de pratiques ACV qu’elle a elle-même lancée. On y comptabilise une trentaine de membres, iissus de la Direction de la Recherche et des Technologies (DRT) et de ses Lab, le ENGIE Lab Crigen et le ENGIE Lab Laborelec (le centre de recherche d’ENGIE spécialisé dans l’électricité), de la Direction de la Responsabilité environnementale et sociétale, des différentes branches du Groupe et même de Suez Environnement. « J’en suis très fière, reconnaît-elle, car je crois aux vertus de la transversalité. »

Autre motif de fierté pour la chercheuse : l’importance prise par l’ACV dans l’industrie.

« C’est devenu une méthodologie de référence, un outil indispensable aux grands groupes comme ENGIE, qui a d’ailleurs créé, avec d’autres industriels, et avec l’ADEME et SCORE LCA, une association dont le but est de financer des études pour faire avancer l’analyse du cycle de vie. »

En tant que membre de la filière expertise d’ENGIE, Anne privilégie la technique au management, mais cela ne l’empêche pas d’aimer le travail en équipe, et de piloter certains projets. « Je n’aime pas rester dans mon coin », affirme-t-elle, tout en vantant les mérites du travail en mode projet.

C’est sans doute cette ouverture aux autres qui lui a permis d’être désignée Expert-ambassadeur de la filière technique d’ENGIE. Un nouveau rôle qui lui tient à cœur. « L’idée est d’expliquer aux nouveaux collaborateurs et aux étudiants, sur les forums, ce qu’est un expert chez ENGIE : tout sauf un savant enfermé dans son bureau ! » Il suffit de voir l’enthousiasme d’Anne Prieur-Vernat pour s’en convaincre.

 

Anne Prieur-Vernat