Retrouvez l'intervention d’Isabelle Kocher à l’ouverture de la table ronde «Le défi de la transformation» au Salon VIVATECHNOLOGIES, à Paris.

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Interview d’Isabelle Kocher dans Les Echos (extraits)

Les métiers de l'énergie, où les barrières à l'entrée sont élevées, semblent épargnés par le risque d'ubérisation ?

Détrompez-vous. Nous vivons une révolution industrielle dont les deux poumons, l'énergie et le digital, seront absolument indissociables l'un de l'autre. La révolution industrielle est liée à deux phénomènes fondamentaux. D'abord, le changement climatique. C'est le premier défi vraiment planétaire auquel nous sommes confrontés, qui entraîne pour la première fois dans notre histoire une solidarité de destin. Cette prise de conscience va provoquer des débats sur tout, sur ce qu'on mange, sur l'utilisation des surfaces au sol... Par ailleurs, il y a un manque de confiance dans les institutions établies, politiques mais aussi industrielles. Le nouveau citoyen veut être acteur, pas seulement consommateur. L'individu aujourd'hui ne veut plus simplement dépendre de la décision de quelques grands acteurs.

Comment cela se traduit-il dans les métiers de l'énergie ?

Il y a un bouillonnement technologique, une révolution passée sous le radar mais qui s'est intensifiée depuis dix ans. Regardez l'électricité solaire. Elle ne sera pas la seule composante du futur «mix» électrique mais elle est un point de bascule. Son gisement est immense, et ses coûts ont considérablement baissé, au point de la rendre économiquement accessible. (…) A cette évolution se couple celle du stockage, qui permet de lisser la production et la consommation, dont les prix sont aussi en train de beaucoup baisser. L'hydrogène, en particulier, nous semble une technologie d'avenir.

En quoi le numérique a-t-il un impact ?

Dans un monde où les infrastructures deviennent plus petites, le digital accélère le mouvement et devient central. Il transforme encore davantage notre façon de penser et d'agir qu'il ne transforme nos métiers. Il est devenu indissociable des technologies de l'énergie. Pour gérer l'énergie au sein d'un immeuble, par exemple, il va falloir récupérer les données et utiliser un logiciel pour s'assurer que l'équilibre entre production et consommation est assuré chaque seconde, ainsi que pour gérer l'interface avec le réseau électrique. (…) On voit bien que l'Internet des objets se développe à toute vitesse. Pour nous, ce sont des portes qui s'ouvrent. Il s'agit de rapatrier l'information, de créer des algorithmes et des logiciels pour que les systèmes fonctionnent, puis des plates-formes pour pouvoir relier ces systèmes entre eux... C'est une totale transformation de notre métier : nous passons des grandes usines aux petites productions décentralisées. Et c'est un changement radical de la nature des infrastructures que nous gérons. Dans ce monde, le digital est aussi vital que l'air que nous respirons. (…)

Les jeunes ne se sentent-ils pas minoritaires chez ENGIE ?

Pour moi, la question ne se pose pas en ces termes. Le véritable enjeu aujourd'hui, c'est d'attirer les jeunes, les «digital natives» et de leur donner envie de rejoindre le Groupe. Au même titre que Google ou Microsoft, nous voulons faire d'ENGIE «the place to be». Nous attachons une grande importance à rapprocher les générations et encourageons les partages d'expériences, d'expertises et de bonnes pratiques. (…)

Faut-il détenir les technologies ou peut-on se contenter de les acheter ?

Ce qui est certain, c'est que nous allons investir massivement dans ces nouvelles technologies. Nous avons convaincu nos actionnaires de réduire leur dividende pour cela. La question de notre lien avec la technologie suscite un grand débat interne. Dans nos métiers traditionnels, ceux des grandes usines, il y avait peu d'acteurs et nous avions d'excellents experts : nous n'avions pas besoin de maîtriser nous-mêmes les technologies en amont. Dans un monde décentralisé, les tickets d'entrée sont plus bas, il y a beaucoup de nouveaux entrants. Notre rapport à la technologie évolue. Notre ligne de conduite, c'est de détecter les briques technologiques qui ne sont pas en «open source» sur le marché et, dans ce cas-là, nous investissons en partenariat le plus souvent. Dans les batteries, par exemple, nous avons préféré acheter une société ayant développé les logiciels les plus avancés pour gérer les systèmes de batteries. Nous avons aussi plusieurs leviers pour développer des innovations en interne : un réseau d'incubateurs, qui a déjà permis à plusieurs dizaines d'équipes de salariés du Groupe de développer leurs idées dans un cadre protégé, ainsi qu'un accélérateur...

Quelles sont vos relations avec le monde des start-up ?

Si nous pensons que nous ne pouvons pas développer une technologie assez vite en interne, on l'achète. C'est ce que nous avons fait avec Solairedirect, mais on peut le faire aussi à plus petite échelle. Nous avons créé un fonds d'investissement, ENGIE New Ventures, qui investit dans des start-up, toujours connectées avec notre activité. Nous avons ainsi pris des participations minoritaires dans Sigfox, Tendril... Mais nous avons racheté d'autres sociétés que nous souhaitions utiliser tout de suite comme plates-formes de départ, comme Ecova ou Retroficiency.

  

Intervention d'Isabelle Kocher à Viva Technology