Interview d’Isabelle Kocher dans L’Usine Nouvelle du 27 novembre 2015  (Extraits)

 

Isabelle Kocher: «L’énergie solaire représente un potentiel équivalent à vingt fois la consommation mondiale annuelle»

L’Usine Nouvelle : Quel est, selon vous, le mix énergétique idéal pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C d’ici à la fin du siècle ?

Isabelle Kocher : Il n’existe pas de mix unique. Chaque pays a ses ressources propres. Cependant, une dimension m’apparaît générique, c’est le solaire. Nous n’en sommes encore qu’au début de la maturation de cette technologie. À elle seule, l’énergie solaire représente un potentiel équivalent à vingt fois la consommation mondiale annuelle. Tous les pays, même tempérés, ont un potentiel significatif. Les autres ressources renouvelables, comme l’hydroélectricité et l’éolien, ont également un rôle à jouer.

 Mais vous êtes historiquement producteur et fournisseur de gaz…

Dans l’équation future, la majorité de nos capacités de production seront renouvelables. C’est notre parti pris. Mais cela soulève un vrai sujet de sécurité d’approvisionnement face à la question de l’intermittence. Pour répondre à cet enjeu, le gaz est le meilleur allié des énergies renouvelables. Il représente la composante stable et flexible pour soutenir leur développement à grande échelle. À l’avenir, il faudra imaginer un moyen de remplacer le gaz fossile par un gaz renouvelable. Le plus évident est le biogaz produit à partir de déchets. Il y a aussi la possibilité de générer de l’hydrogène par électrolyse de l’eau grâce à des surproductions d’électricité. Il faut imaginer des cycles, qui aujourd’hui ne sont pas économiques, mais qui permettront à l’avenir d’assurer la sécurité du réseau électrique grâce à un gaz vert.

 

L’Ademe a révélé un scénario d’une France 100 % renouvelable en 2050. Y croyez-vous ?

Oui, j’y crois, à condition de mettre en place un écosystème qui le permette. Il ne faut pas que les renouvelables créent une volatilité insupportable sur les prix et des problèmes d’intermittence. Cela demande de développer des solutions de stockage. Si le stockage suit des courbes d’évolution technologique et de réduction des coûts aussi rapides que celle du photovoltaïque, il sera prochainement compétitif à toutes les échelles. En ajoutant des outils de gaz renouvelable, le scénario 100 % renouvelable est peut-être crédible à l’horizon 2050.

Où aura lieu cette transformation ?

Le développement des énergies renouvelables a été lancé en Europe. Elle a financé la maturation de ces outils. Désormais, ce sont les pays émergents qui embrayent le plus sur ces technologies. Il y a deux raisons à cela. D’une part, ils font face à une demande d’énergie qui croît à toute vitesse et ils ont besoin d’y répondre sans être trop dépendants de leurs voisins. D’autre part, les énergies renouvelables peuvent se développer à petite échelle, de manière décentralisée et sans nécessiter de lourdes infrastructures. La décentralisation de l’énergie permettra aux pays émergents de reproduire le saut de génération qui s’est produit dans les télécoms avec le développement du téléphone portable sans passer par des lignes fixes.