Interview de Gérard Mestrallet par Hedwige Chevrillon pour BFM Business (extrait)

 

Gérard Mestrallet, Président-Directeur Général d'ENGIE

Vous avez prénommé le Groupe GDF SUEZ, ENGIE, cela fait beaucoup de changements pour votre Groupe. On s’est tous posé la question de savoir si vous étiez un fan des Rolling Stones pour Angie, question qui vous a notamment été posée lors de l’Assemblée Générale du Groupe ?

Nous ne l’avons pas choisi pour cela mais parce que c’est une contraction du mot «énergie», dont on a retiré les deux lettres du milieu pour avoir un nom court. Nous voulions donner une nouvelle identité à notre Groupe au moment où nous bâtissons, avec Isabelle Kocher, un nouveau projet d’entreprise pour les 20 ans qui viennent, et effectivement Angie c’est aussi la chanson des Rolling Stones, cela nous a plutôt plu.

 

Cela veut dire que vous tournez le dos à votre histoire, 157 ans d’histoire, qui a commencé en 1858 avec la Compagnie universelle du Canal de Suez et qui s’est poursuivie avec la création de GDF SUEZ il y a une dizaine d’années. Pourquoi ce changement de nom aujourd’hui ?

Nous ne tournons pas le dos à notre histoire, nous sommes très fiers de l’histoire des différentes composantes que nous avons réunies pour faire ce qu’est ENGIE aujourd’hui. Il y a eu Suez, la Compagnie universelle du Canal de Suez, la Lyonnaise des Eaux, la Générale de Belgique, Tractebel, Electrabel, Gaz de France, International Power, et ce sont toutes ces entités qui aujourd’hui forment ENGIE. Nous ne souhaitions pas en privilégier une ou deux parmi toutes celles-ci. En fait, nous assumons complètement notre héritage, et à certains égards notre légende, mais avec ENGIE nous nous tournons résolument vers l’avenir, à un moment où le monde de l’énergie change complètement. Je pense que tout le monde est concerné mais n’a peut-être pas conscience de la profondeur et de l’ampleur des changements qui interviennent actuellement dans le secteur de l’énergie, on passe de l’ancien monde à un nouveau monde de l’énergie.

 

Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

L’ancien monde c’est le monde des anciens monopoles, c’est le monde de l’énergie centralisée, des très grosses centrales, des très grosses lignes à haute tension. Le nouveau monde tient à une double révolution, une révolution technologique liée à notre secteur : le développement du numérique, du digital mais aussi le développement des technologies de production d’électricité par le photovoltaïque, par l’éolien, dont l’une des caractéristiques est la miniaturisation qui permet la décentralisation. Donc, l’énergie décarbonée, décentralisée, digitalisée. Ça c’est le nouveau monde qui se rapproche des territoires, des clients, des consommateurs, et qui change radicalement les systèmes énergétiques. Ainsi, il y a une vraie rupture actuellement.