Interview de Gérard Mestrallet pour les Echos (Extraits)

 

Gérard Mestrallet, Président – Directeur Général de GDF SUEZQuels sont pour vous les enjeux de ce Conseil ?

C’est un Conseil important, le dernier de la Commission sortante, qui doit adopter le paquet climat-énergie présenté en janvier. De même que le sommet des Nations unies qui s’est tenu il y a un mois à New York, ses résultats sont cruciaux pour que la conférence de Paris Climat 2015 (COP21) l’année prochaine soit un succès. Avec cinq autres dirigeants du groupe Magritte, nous avons rencontré la semaine dernière François Hollande, pour insister sur l’importance de ce sommet aux yeux des industriels. Nous avons besoin de règles. Le pire, pour nous, c’est l’incertitude. C’est la compétitivité énergétique des industries européennes qui est en jeu, alors que le prix de l’électricité est deux fois plus élevé en Europe qu’aux Etats-Unis, et celui du gaz deux à trois fois plus élevé. La politique énergétique européenne repose sur trois composantes : le climat, la compétitivité et la sécurité d’approvisionnement. Or on a jusqu’à présent privilégié le climat.


Quelles réformes concrètes espérez-vous ?

Les membres du groupe Magritte ont des profils très variés : il y a les leaders du renouvelable mais aussi d’importants émetteurs de CO2… Et cela ne nous empêche pas de militer pour que l’objectif ambitieux de réduction de 40 % des émissions d’ici à 2030 soit rendu obligatoire. Soyons audacieux ! Pour y parvenir, nous sommes convaincus que le prix du carbone doit devenir le paramètre de référence, bien davantage que des taxes dont l’objectif est d’abord de lever de l’argent. C’est un sujet central : il faut que le concept «payer pour le climat» entre dans les esprits. J’ai d’ailleurs plaidé à l’ONU devant une centaine de chefs d’Etat pour que cette idée se généralise dans le monde. Certaines villes chinoises comme Shanghai en ont d’ailleurs bien compris l’intérêt, puisqu’elles ont déjà créé des marchés carbone locaux.


Que pensez-vous des mesures envisagées par Bruxelles sur le marché du CO2 ?

Nous avons obtenu des avancées pour rétablir le marché du carbone et éviter qu’il ne s’effondre comme en 2009, avancées qui doivent maintenant être approuvées. Une Market Stability Reserve, sorte de banque centrale des certificats, pourra intervenir sur le marché pour éviter un nouvel effondrement des cours. Ainsi, les émissions de certificats ne seront plus linéaires mais pourront être ajustées automatiquement à la hausse ou à la baisse en fonction de la croissance. Mais celle-ci ne doit démarrer qu’en 2021 : c’est beaucoup trop tard. Il faut que ce soit tout de suite. Dernier point, nous souhaitons que les 900 millions de certificats retirés du marché soient éliminés et non remis sur le marché comme prévu à partir de 2018. Car nos prévisions montrent que cela provoquerait alors une nouvelle baisse…