Interview d’Isabelle Kocher pour le Journal du Dimanche par Bruna Basini et Guillaume Rebire (extraits)

 Isabelle KocherQu’attendez-vous de Ia COP22, à laquelle vous allez participer ?

La COP21 de Paris a été spectaculaire en termes de convergence et d’éveil des consciences. Elle a acte que le réchauffement climatique était devenu un défi mondial et qu’il était urgent de bouger. Marrakech sera la conférence des mesures concrètes. ENGIE s’était mobilisé dès la COP21 pour l ‘énergie solaire en lançant l’initiative Terrawatt avec des industriels et des financiers. Nous voulons agir sur ce qui freine le développement du solaire, notamment en matière de financement. Nous voulons définir avec les Etats des règles du jeu qui soient partout les mêmes, par exemple, un type de contrat standard pour développer un projet de ferme solaire.

 

Pourquoi l’énergie solaire vous semble-t-elle si importante ?

C’est une ressource qui n’émet pas de C02 et qui est quasi illimitée, capable de couvrir vingt fois les besoins actuels en électricité de la planète. II y en a pratiquement dans tous les pays. On peut l’exploiter a petite comme à très grande échelle. La nouvelle génération de panneaux solaires, des films transparents à caler sur des bâtiments, par exemple, et qu’on ne verra plus, sera plus efficace. Surtout, le solaire pourrait permettre d’inclure 2 milliards de personnes qui n’ont pas accès à l’énergie et donc au développement. L’objectif de l’ensemble des acteurs est massif : produire 2, 5 térawatts en 2030, l’équivalent de 2.500 réacteurs nucléaires. Le solaire ne suffira pas seul, il faudra le combiner avec les autres énergies renouvelables, le gaz, l’hydrogène.

 

Un monde où l’energie sera 100 % renouvelable est-il possible ?

C’est possible, mais ce n’est pas pour tout de suite. II faut avancer dans les technologies de stockage, le coeur du problème. Les batteries progressent et leur coût baisse fortement. II y a aussi les solutions de stockage par l’hydrogène, au point dans cinq à dix ans. Enfin, le gaz, qui sera de plus en plus renouvelable, fournit une bande de continuité quand il n’y a pas de soleil ou de vent. Ces nouvelles générations de technologies qui émergent chez nous doivent y rester. Pour cela, il faut des fonds d’investissement qui les accompagnent pour les faire grossir.

L’enjeu pour nous tous, et pour les collaborateurs en particulier, c’est de se reconvertir et d’être capables de passer des métiers dans lesquels il y aura moins de croissance, voire plus du tout, aux métiers dans lesquels il y en aura. Nous avons mis en place des règles du jeu, avec des efforts très importants de reconversion. […]

 

ENGIE veut devenir le leader mondial de cette révolution énergétique. Qu’allez-vous faire pour y parvenir ?

La transition énergétique, tout le monde en parle. Chez ENGIE, nous la faisons. Cette révolution, nous la menons autour de trois grands axes. D’abord en cédant, d ‘ici à fin 2018 , 15 milliards d’euros d’activités qui n’entrent pas dans cette démarche: c’est le cas du charbon et de l’exploitation pétrolière. Dans le même temps, nous allons investir 22 milliards d’euros dans les énergies renouvelables et les services: investissements dans le solaire, l’éolien et l’hydroélectrique. En France, d’ici à cinq ans, cela signifie multiplie r par quatre notre b ase installée en solaire et par deux l’éolien. Et nous ne demandons pas mieux que de grossir dans !’hydroélectricité si l’Etat remet en jeu les concessions historiques d’EDF.