Isabelle Kocher, Directeur Général d'ENGIE

Interview d’Isabelle Kocher dans Le Monde – Propos recueillis par Jean-Michel Bezat le 2 mars 2017 (extraits)

Le Monde. ENGIE enregistre une perte de 400 millions d’euros en 2016, après un déficit de 4,6 milliards d’euros en 2015. Le Groupe n’est toujours pas sorti des difficultés…

Isabelle Kocher. Au contraire ! Nous avons lancé un plan de transformation (2016-2018) et nous sommes en avance à la fin de la première année. Les nouvelles sont très bonnes sur le plan financier.

Pour 2016, nous avions pris quatre engagements. Dans un contexte où le secteur de l’énergie a été soumis à rude épreuve, le résultat net récurrent part du Groupe est conforme à nos prévisions, soit 2,5 milliards d’euros. Il nous permet de verser comme prévu un dividende de 1 euro par action au titre de 2016. La dette a été réduite de près de 3 milliards, à 24,8 milliards, grâce à une génération de cash de 9,7 milliards, ce qui nous fait gagner en flexibilité financière. Notre notation reste en catégorie A.

Pour autant, nous avons dû réaliser des dépréciations d’actifs, qui, comptablement, ramènent notre résultat net à – 400 millions. Nous avons, en effet, revu la valeur de notre portefeuille. Nos actifs (centrales, terminaux gaziers…) exposés aux fluctuations des prix de marché continuent de souffrir.

Nous avons décidé qu’ils ne représenteront plus que 15 % de nos activités fin 2018 (contre 50 % il y a trois ans).

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Ces cessions d’actifs ne donnent-elles pas l’impression d’un Groupe en repli ?

Nous avons pris la décision de ne pas attendre pour céder ces actifs. Il faut bien comprendre que les réinvestissements ne contribueront pas aux résultats avant deux ou trois ans. J’assume que, pour un temps, nous concentrions nos activités, et que le chiffre d’affaires recule. Mais l’effet de ces cessions sur le résultat est limité, alors que nous vendons 20 % de nos activités !

Le recentrage du Groupe autour des énergies peu ou pas carbonées pour en faire le « leader de la transition énergétique » n’est donc pas en cause ?

Certains ont eu l’impression qu’ENGIE faisait un saut dans le vide en vendant des activités qui marchent bien et en misant tout sur de nouvelles solutions qui feront la croissance après-demain. Ce n’est pas le cas. ENGIE a un trésor inestimable : 80 % de ses activités d’aujourd’hui sont au cœur d’une transition, je dirais même d’une révolution énergétique. Et les 16 milliards d’investissements sur 2016-2018 prévus dans le plan de transformation sont réalisés dans ces métiers que l’on connaît bien et qui sont en croissance : production d’électricité à partir du gaz et des énergies renouvelables, grandes infrastructures (gaz, réseaux électriques…), services intégrés pour nos clients, notamment en matière d’efficacité énergétique.

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En plus, nous investissons dans des leviers de croissance additionnels à cinq et dix ans : production d’énergie à la maison ou dans les bâtiments tertiaires, gestion de services autour des véhicules électriques (location, recharge…), production d’hydrogène sans émission de CO2.

Comment avez-vous répondu en 2016 aux défis des nombreux métiers d’ENGIE ?

Nos trois métiers stratégiques sont en croissance. J’ai deux obsessions : accélérer leur développement, mais aussi bien identifier les problèmes et optimiser notre portefeuille. […] Nous accélérons le développement international avec de grands projets dans le solaire au Mexique et en Afrique du Sud, dans le gaz en Arabie saoudite ou dans les réseaux électriques au Chili. ENGIE a multiplié par près de six le rythme de développement du solaire en 2016 et progressé de 22 % dans l’ensemble des renouvelables. Dans les services à l’énergie, j’annonce aujourd’hui l’acquisition de Keepmoat, un des leaders au Royaume-Uni de la rénovation, notamment énergétique des bâtiments, pour près de 400 millions.

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Retour avec Isabelle Kocher, Directeur Général du Groupe ENGIE, sur le bilan 2016 du Groupe. ENGIE est sur la voie de la transformation opérée depuis maintenant un an et incarne concrètement la révolution énergétique annoncée : cession des activités de charbon et investissement dans les énergies renouvelables (éolien, solaire, verdissement du gaz naturel) pour un monde énergétique décarboné et de plus en plus décentralisé – Good Morning Business du vendredi 3 mars 2017, sur BFM Business.