Interview de Gérard Mestrallet pour BFM Business par Grégoire Favet (extraits)

 

Gérard Mestrallet – Transformation monde du travail  – Alternance – Formation – ENGIE

Comment analysez-vous ce qui se passe aujourd’hui concernant la dépréciation des prix des commodités ? Est-ce un phénomène durable et est-ce que cela pèse sur la transformation énergétique ?

Tout dépendra des décisions qui seront prises sur le prix du carbone. Si on regarde les équilibres de marché, il n’est pas exclu que le prix du pétrole remonte un peu. Je crois que le prix du gaz naturel sur les marchés mondiaux va durablement rester à des niveaux assez bas, de même pour le prix de l’électricité sur les marchés matures, en Europe, aux Etats-Unis, en Australie. En revanche, le prix du carbone peut partiellement inverser ou modifier le cours des choses et cela a été inscrit dans l’accord final de la COP21. Il importe maintenant de voir de quelle manière il sera mis en place. (…) Le nombre de pays ou de zones couvertes par le prix du carbone est en train d’augmenter et moi ce que je souhaite, c’est qu’effectivement il y ait un plus grand nombre de pays ayant un prix du carbone et ensuite des interconnexions entre ces différents marchés.

Que sera ENGlE en 2018, c’est la question que vous vous êtes posée et à laquelle vous avez répondu : un leader mondial de Ia transition  énergétique. Qu’est-­ce que cela veut dire par rapport à l’existant,  par rapport à ce qu’est aujourd’hui ENGlE ?

Nous avons fait un plan sur trois ans avec Isabelle Kocher, et ce plan a été bien compris et bien reçu. Nous voulons devenir leader de la transition énergétique, ce qui veut dire être présent dans les énergies bas-carbone ou complètement décarbonnées, le renouvelable, l’hydroélectrique, le solaire, l’éolien, la géothermie, la biomasse, mais aussi le gaz naturel, qui, je le rappelle, émet deux fois moins de C02 que le charbon et pas du tout de particule. C’est aussi l’efficacité énergétique selon nous. Par contre, nous serons moins présents dans le charbon et nous l’avons d’ailleurs montré.

Le charbon propre, l’histoire de charbon propre, cela n’existe plus ?

Nous n’y croyons pas trop. En tout cas, pas à court terme. Nous avons fait le choix de ne pas faire de nouveaux projets charbon. Nous avons fermé une très grande centrale de mille mégawatts en Grande-Bretagne, à Dungeness, et nous venons de vendre deux centrales charbon en Asie: l’une en Inde, l’autre en Indonésie.

Vous prévoyez 22 milliards d’investissement dans les nouvelles énergies bas-carbone ou sans carbone et 15 milliards de cessions. Il y a quand même un environnement de marché qui ne plaide pas aujourd’hui pour ce genre de cessions. Trouvez-vous des investisseurs que cela intéresse ?

Sur les 15 milliards de cessions d’actifs, nous avons réalisé plus du tiers le jour même de notre annonce. Nous avons cédé à des investisseurs américains toutes nos activités de production électrique thermique, au prix des marchés. Nous pensons, peut-être parce que nous avons une vision un peu différente de l’avenir, que la transition énergétique va aller plus vite que ne le pensent nos acheteurs. De même, nous avons trouvé des investisseurs locaux en Indonésie et en Inde pour les centrales charbon.

Et ce que cela veut dire que par rapport à vos concurrents, on pense à des énergéticiens allemands par exemple, vous avez l’impression de partir au bon moment dans cette transition énergétique ? Ce n’est pas trop tard, c’est le bon moment ?

Nous sommes partis avant tout le monde. Nous avons annoncé il y a déjà deux ans, et vous l’avez rappelé à l’instant, que notre priorité serait d’être leader de la transition énergétique en Europe, et énergéticien de référence dans le monde émergent. Ce que l’on a constaté depuis est que la transition énergétique était mondiale. Ainsi aujourd’hui, nous voulons être leader mondial.

L’objectif change ?

Le scope géographique change, par contre, l’analyse de ce qui se passe dans le secteur de l’énergie reste Ia même. Elle est même renforcée. Heureusement, nous n’étions pas que dans la production électrique en Europe comme certains de nos concurrents, nous étions déjà mondiaux avec les présences en Amérique latine, au Moyen-Orient ou en Asie, et ces marchés ne sont pas affectés comme le marche européen ou le marché d’Amérique du Nord. Deuxièmement, nous sommes dans les services. Sur les 155 000 salariés du Groupe, les deux tiers travaillent dans les services. Ceci nous permet de proposer à nos clients des solutions intégrées. Nous ne souhaitons plus être seulement un fournisseur d’électricité ou de gaz mais un également un fournisseur de solutions, un architecte de solutions énergétiques.(…)

Qui va mener à bien ce plan stratégique dans l’entreprise ? Est-ce que c’est vous en tant que président non-exécutif demain, ou est-ce que c’est Isabelle Kocher ?

C’est Isabelle Kocher. Dans une entreprise, le patron c’est le directeur général, c’est le chief executive. Et en mai prochain, Isabelle Kocher – notre conseil l’a décidé Ia semaine dernière – va devenir directrice générale du Groupe. (…) A ce moment-là de Ia transformation du Groupe, le Conseil d’administration a considéré qu’il fallait donner les rênes opérationnelles du Groupe à Isabelle Kocher qui a parfaitement réussi, depuis qu’elle est entrée dans le Groupe et notamment depuis qu’elle a été nommée directrice générale déléguée en charge des opérations, Ia réorganisation interne. Elle a ainsi toutes les qualités pour devenir maintenant directeur général.(…)