Allocution de Gérard Mestrallet, Président-Directeur Général du Groupe GDF SUEZ

Le Monde de l’énergie est en état de chocGérard Mestrallet au Forum énergie 2014

Le titre de cette nouvelle édition du Forum énergie est bien trouvé. Les défis de l’énergie n’ont jamais été aussi importants qu’aujourd’hui et en particulier si l’on regarde le marché européen.

J’avais déjà souligné lors du précédent Forum le triple échec de la politique énergétique européenne : sur la sécurité d’approvisionnement, sur la lutte contre le changement climatique et sur la compétitivité de l’énergie. Nous avons depuis porté au plus haut niveau avec 11 autres CEO dans le cadre du Groupe Magritte des propositions pour sortir de cette situation : intégration progressive des ENR sur le marché avec des mécanismes de prime, mise en place de rémunération de capacité pour éviter les fermetures de centrales nécessaires à la sécurité d’approvisionnement, objectif ambitieux sur les GES et relance du marché carbone. Nos propositions ont été entendues, et une partie reprises dans les lignes directrices sur les aides d’Etat et dans le paquet énergie climat 2030, adopté par le Conseil européen le 23 octobre dernier. Nous attendons également beaucoup de la mise en place du marché unique de l’énergie, à travers l’harmonisation des règles d’utilisation des réseaux, les «network codes», élaborés sous l’égide de l’ENTSO-G et l’ENTSO-E. 

La crise du secteur énergétique européen est profonde et loin d’être terminée, beaucoup de travail reste à faire, mais l’évolution de la réglementation au niveau européen va dans le bon sens.

Elle va dans le bon sens également au niveau français, avec le projet de loi sur la transition énergétique, un texte ambitieux et équilibré afin d’inscrire la France dans la dynamique nécessaire pour mener à bien la transition.

Mais la France et l’Europe ne sont pas seules, et le secteur de l’énergie se transforme aussi radicalement dans le reste du monde.

La chance de Groupe GDF SUEZ est d’avoir une implantation géographique étendue, près de 70 pays, ce qui lui permet de suivre au plus près ces grandes tendances pour s’y adapter. Une tendance forte depuis quelques années en Amérique du Nord, avec la révolution du paysage économique et énergétique lié à l’essor des gaz et pétrole non conventionnels.

Forum énergie 2014

S’adapter aux mutations énergétiques avec de nouvelles sources d’énergies

Mais d’autres tendances plus nouvelles, comme le déplacement du développement des énergies renouvelables : en 2013 pour la première fois les capacités du solaire photovoltaïque et de l’éolien installées en Europe et aux USA ont été dépassées par les capacités installées dans le reste du monde (28 GW vs 45 GW). La Chine par exemple a installé en 2013 11 GW de panneaux photovoltaïques. Ce renversement est du aux baisses de coût importante de ces solutions : le prix du photovoltaïque entre 2006 et 2013 a été divisé par un facteur 5 pour les modules et par un facteur 3 pour les autres éléments du système. (source : IMEC 2014 ; NB : institut microélectronique et composants).

Aujourd’hui, les solutions ENR à l’international sont donc dans certains contextes compétitifs hors subventions, et notre portefeuille de projets à l’international intègre de plus en plus d’énergies renouvelables (ENr) nous avions fin 2013 hors d’Europe 9 GW ENr en opération, mais 27 GW en construction ou développement.

Mais les énergies renouvelables seules ne peuvent permettre de répondre à la croissance rapide des besoins énergétiques des pays hors d’Europe.

C’est pourquoi nous développons également les services énergétiques, pour maitriser l’augmentation des besoins dans les pays émergents ; ainsi que des projets de centrales thermiques ou des projets nucléaires. Le dernier grand projet nucléaire remporté par un Groupe français suite à un appel d’offre c’est d’ailleurs le projet SINOP en 2013 : nous avons été retenus par le gouvernement Turc associés à AREVA et Mistubishi pour y construire 4 réacteurs Atmea.

Le défi du réchauffement climatique

Le réchauffement climatique constitue un défi majeur, car les ressources énergétiques ne constituent aujourd’hui plus une contrainte, ce que l’AIE a rappelé dans son dernier Word Energy Outlook. L’enjeu aujourd’hui est donc de construire un cadre permettant de renoncer à leur exploitation. Les pouvoirs publics sont mobilisés, mais les entreprises ont également une responsabilité. C’est pourquoi GDF SUEZ s’est fixé des objectifs ambitieux : réduire de 10% ses émissions spécifiques de CO2 à horizon 2020, et agit également au niveau européen au travers du Groupe Magritte.

Mais l’objectif vers lequel nous devons tendre, c’est la mise en place d’un signal prix du carbone au niveau mondial, meilleur vecteur pour orienter favorablement les décisions des entreprises tout en préservant le jeu de la concurrence.

Conclusion à l'institut DauphineJ’ai eu l’occasion de défendre cette idée à l’occasion du Sommet du Climat des Nations Unies les 23 et 24 septembre dernier, où j’ai été convié pour représenter le secteur de l’énergie en présence de 100 chefs d’Etat, d’ONG et de dirigeants. Une dynamique est lancée en préparation de la COP 21, les annonces récentes des USA et de la Chine en sont un exemple, mais le chemin est encore long avant d’arriver à des engagements à la mesure des enjeux.

Nous sommes donc bien dans un monde de l’énergie en état de choc ! En tant que citoyen et en tant qu’entreprise de nombreux défis nous attendent, mais ces défis sont passionnants et riche d’opportunités pour réinviter un nouveau monde, conciliant besoins énergétiques et défi climatique. Nous disposons des solutions pour inventer et construire ce nouveau monde de l’énergie, et le groupe GDF SUEZ a l’ambition d’être en tête de file de ce mouvement.