Interview de Gérard Mestrallet pour Le Figaro (extrait)

 

Gérard Mestrallet, Président-Directeur Général d'ENGIE

Pourquoi vous engagez-vous sur le climat ?

C’est d’abord une question de conviction personnelle. Je ne fais pas partie des climato-sceptiques, et j’ai l’absolue certitude que le réchauffement de la planète peut conduire à une catastrophe et endommager durablement l’équilibre à la surface du globe. Pour les entreprises, ensuite, qui ont impérativement besoin d’un cadre commun, clair, partagé et, si possible, universel.

 

Quelles seraient les conséquences d’un échec de la conférence de Paris sur le climat ?

En 2009, l’échec de la conférence de Copenhague a été un très mauvais signal. Si la même chose devait se produire à Paris, ce serait le retour des incertitudes, l’absence de visibilité et la balkanisation des politiques climatiques. Il faut absolument que les gouvernements construisent un cadre général pour le long terme. Même s’il doit être contraignant, ce n’est pas un problème. Si on ne réussit pas à Paris, alors on prend le risque de tourner la page pour longtemps.

 

Est-ce pour peser dans cette négociation que vous avez accepté, à la demande de Laurent Fabius et Ségolène Royal, de coordonner un groupe de chefs d’entreprise invités à participer aux débats de la négociation climatique ?

Ce groupe rassemblera une quarantaine de grands patrons issus de tous les secteurs et provenant des pays du Nord comme du Sud : Angola, Brésil, États- Unis, Chine… Nous allons travailler en étroite collaboration avec Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique. L’idée est d’amener le monde des entreprises à prendre des engagements et à les afficher. Trois réunions sont d’ores et déjà prévues entre ces entreprises et les négociateurs de la COP21. (…) Mais l’idée est également de poursuivre la dynamique par la suite. Le fait que les décideurs publics se montrent désireux d’associer le monde de l’entreprise est extrêmement positif, d’autant que celui-ci répond présent.

 

Quel exemple ENGIE met-il en avant ?

Nous nous sommes engagés à réduire de 10% nos émissions spécifiques de CO2 d’ici à 2020, et nous avons l’objectif de doubler notre capacité en énergies renouvelables d’ici à 2025 en Europe. En 2014, nous avons également émis 2,5 milliards d’euros de «green bonds» pour financer des investissements dans les renouvelables et l’efficacité énergétique. Mais je crois également aux initiatives de l’entrepreneuriat social. Nous avons créé un fonds solidaire et apportons ainsi un soutien technique ou financier à des projets destinés à apporter l’énergie à des familles qui se trouvent en situation de précarité ou n’ont pas accès à l’énergie. La COP21 sera en tout cas l’occasion de présenter et de mutualiser des bonnes pratiques.

 

Quelle est la mesure prioritaire à prendre pour limiter la hausse des températures en deçà des 2°C ?

Il faut donner un prix au carbone et mettre en place un marché mondial. C’est la boussole du climat et le meilleur moyen de réussir à réduire les émissions de gaz à effet de serre. J’ai plaidé en ce sens lors du sommet sur le climat de l’ONU, en septembre dernier, et nous avons signé la déclaration de la Banque mondiale allant dans ce sens.

 

Mais, jusqu’à présent, ce qui existe en la matière ne fonctionne pas très bien…

Un mécanisme de prix du carbone cohérent est indispensable pour investir dans la bonne direction. Certains pays ont avancé, et, en Amérique du Nord, de grands États tels que la Californie aux États-Unis ou la Colombie-Britannique au Canada ont opté pour des marchés carbone. La Chine également avance très vite. Il y a actuellement dans ce pays sept marchés différents qui devraient être unifiés en 2017. Il n’en reste pas moins que cette mise en place sera longue et non linéaire. (…)

 

Que pensez-vous de l’idée de généraliser une taxe carbone ?

Le monde de l’entreprise n’y est pas favorable, car il n’y a pas d’harmonisation possible. Une telle option relève trop souvent des politiques budgétaires de chaque pays (…).