Extraits de l’interview de Gérard Mestrallet par Thomas Sotto sur Europe 1

 

Gérard Mestrallet : «La négociation climatique franco-chinoise est un succès» Thomas Sotto. Il y a une quinzaine de jours, Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie, a annoncé qu’ENGIE n’investirait plus dans le charbon (…). Cela va se faire naturellement ou vous allez accélérer le processus ?Vous avez 30 centrales à charbon qui rejettent 81 millions de tonnes de CO2 par an, c’est un peu contradictoire avec l’image d’une entreprise sponsor de la COP21, comme l’est ENGIE.  

Gérard Mestrallet. Vous savez, nous avons 15 % de centrales charbon dans notre parc quand dans le monde entier, le charbon représente 40 %, 50% dans les pays émergents et plus de 60% dans des pays comme la Chine. Nous sommes présents dans 70 pays et nous avons contribué à l’électrification et au développement de l’électricité dans ces pays. Maintenant, le monde change, il change vite, et ENGIE aussi.

Nous souhaitons donc accompagner ces pays dans les énergies renouvelables, que ce soit le solaire, l’éolien, l’hydraulique, la biomasse ou la géothermie. C’est ce que nous faisons, et ce pourcentage va donc évidemment aller en diminuant relativement rapidement, et si nous pouvons accélérer le mouvement, nous le ferons. (…) Je trouve que la COP21 est un moyen d’aller de plus en plus vite, et notamment – et c’est le souhait des entreprises – si on arrive à établir un prix du carbone mondial

Alors, racontez-nous, Gérard Mestrallet, comment se passent les négociations avec les Chinois. Il paraît que c’est compliqué. Hier on était content, on annonce qu’il y a quand même des perspectives plutôt réjouissantes pour la COP21. Comment cela se passe-t-il quand vous êtes autour de la table avec eux ?

Alors, tout d’abord, il y a les négociations qui se font d’Etat à Etat, et je voudrais souligner quelque chose que les Français n’ont peut-être pas bien réalisé : aujourd’hui, il se passe quelque chose sur la question climatique. (…) La négociation franco-chinoise est à mes yeux un succès.

Les entreprises, d’un côté, depuis déjà deux, trois ans ont pris conscience de la question climatique et le gouvernement m’a chargé d’être le coordonnateur du Business Dialogue . Les choses bougent et elles bougent dans le bon sens. Je rappelle qu’à Copenhague, c’est parce que les Chinois ne voulaient pas prendre d’engagements que les Américains n’en ont pas pris non plus et que cela a torpillé l’accord. Il est donc essentiel que les Américains et les Chinois soient à bord.

 

Qu’est-ce qui vous fait croire qu’aujourd’hui les Chinois seraient devenus sincères sur le sujet ?

(…) Les Chinois ont pris conscience de l’importance de ces enjeux. Prenez le cas de Pékin, une ville avec laquelle ENGIE coopère. Nous venons encore de signer un accord hier avec Beijing Enterprises. Les Chinois ont décidé, ici, à Pékin, de supprimer tous les équipements qui fonctionnent au charbon ; ils veulent passer du charbon au gaz parce que le gaz, lui, n’émet aucune particule. Or vous savez que la pollution des villes n’est pas due au CO2 mais aux particules et le gaz  émet zéro particule. Le basculement du charbon au gaz est donc la façon la plus rapide, pour toute la Chine, de dépolluer ses villes.

 

Gérard Mestrallet, vous êtes un citoyen concerné par ces problématiques environnementales. Je voudrais m’adresser au patron : est-ce qu’aujourd’hui et demain, et dans les années qui viennent, faire de la croissance verte sera plus rentable ? Est-ce que c’est là-dessus qu’il faut investir ?

Oui, la croissance verte est une croissance rentable. Non seulement elle est rentable mais, à mes yeux, elle est aussi créatrice d’emplois et nous le constatons chez nous. ENGIE a fait le constat que le monde de l’énergie changeait : on passe d’un ancien monde d’énergie centralisé à un nouveau monde d’énergie décentralisé, décarboné, digitalisé et dans lequel l’efficacité énergétique va être au cœur. (…)

Et l’énergie décentralisée, l’efficacité énergétique, ce sont les services d’efficacité énergétique. Nous avons 100 000 personnes dans le Groupe, 100 000 personnes totalement dédiées à l’efficacité énergétique.