Interview d’Isabelle Kocher sur RTL (extraits)

 

Isabelle Kocher, Directeur Général d’ENGIE

Yves Calvi. Nouvelle directrice générale mais pas encore PDG. Gérard Mestrallet va encore rester deux ans président du conseil d’administration. Certains y voient une mise sous tutelle, parfois, on parle même de désaveu. Qu’avez-vous à leur répondre ?

Isabelle Kocher. Depuis deux ans, je dis la même chose, c’est-à-dire que je souhaite depuis le départ que Gérard reste président non exécutif du conseil, moi, je prends les rênes de l’entreprise, j’en deviens la patronne, c’est son expression d’ailleurs, et lui préside le conseil. Et c’est une gouvernance d’ailleurs qui n’est pas tout à fait habituelle encore en France, et c’est peut-être pour cela que les gens sont surpris, ils ont peut-être été surpris aussi d’ailleurs que moi-même je propose cela, peut-être qu’ils sont plus habitués à voir des gens qui se disent : après tout, je peux faire les deux. Je pense que la présence de Gérard Mestrallet, qui est un grand capitaine d’industrie, au conseil est une marque de soutien, nous sommes partis dans un plan de transformation qui est très important [...].

 

Bienvenue dans le cercle très fermé des patrons du CAC40 et d’un autre cercle encore plus fermé, des patronnes françaises du CAC, des femmes aux affaires, vous avez envie de dire enfin ?

Je vois bien que c’est un signal pour beaucoup de femmes et le fait que vous me posiez la question est un fait révélateur. Si cela les encourage, c’est très bien. C’est vrai que la France n’est pas très en avance, j’ai beaucoup de collègues patronnes. Nous sommes un Groupe qui est international, présent dans 70 pays, donc je me déplace beaucoup, j’ai beaucoup de collègues américaines par exemple [...].

 

Vous n’arrivez pas à la tête de n’importe quelle entreprise, c’est une immense maison très importante, et dans le monde d’ailleurs, précurseur, j’ai tout simplement envie de vous demander de quel ENGIE vous rêvez pour demain ?

Nous sommes en train de nous transformer très profondément parce que nous anticipons le monde de l’énergie qui sera très différent. Le changement climatique change tout, et pas seulement le climat, c’est le premier défi réellement planétaire, c’est la première fois que personne ne peut dire : ça n’est pas mon problème, et on voit bien que c’est une invitation à réévaluer nos modes de vie, la manière dont vous vous déplacez, dont vous vivez chez vous, pour les entreprises, la manière dont elles organisent leurs propres moyens de produire. C’est une révolution dans les têtes, et elle a débouché sur un bouillonnement technologique absolument sans précédent, qui laisse entrevoir qu’effectivement, un nouveau monde de l’énergie est possible.

 

Oui, mais c’est une révolution qui ne se fait pas en douceur, c’est-à-dire que pour l’instant, vous subissez des secousses.

Non, et je vais y revenir. Je voudrais vous dire qu’elle est d’abord extrêmement porteuse, donc c’est une envie qui nous anime plus qu’une contrainte, parce que l’on entrevoit un monde où l’énergie ne ferait plus peur. Je pense que le 21e siècle est le siècle de la disparition des énergies fossiles. Et on peut très bien, avec ce qui se passe dans le solaire, dans les gaz verts, dans le numérique… on peut imaginer un monde qui serait dé-carboné (…), un monde où cette énergie serait beaucoup mieux répartie sur la planète et où elle serait inépuisable. Donc je trouve cela fondamentalement positif [...].

 

Grâce à de nouvelles technologies ?

Grâce à de nouvelles technologies, effectivement, avec des panneaux de plus en plus compétitifs, et puis, ce qui se prépare en laboratoire est encore plus impressionnant, c’est-à-dire que l’on va très probablement passer d’une génération de solaires basée sur le silicium, les panneaux noirs, à des générations de solaires qui seront transparents, souples et que vous pourrez mettre sur vos fenêtres ou sur les façades de vos maisons.

 

Je vois que vous faites un pari sur l’avenir, mais il faut que l’on commente quand même l’actualité d’aujourd’hui, vous arrivez à la tête d’un Groupe qui ne va pas si bien (…), le Groupe perd de l’argent. Tout cela ne peut pas non plus s’expliquer uniquement par l’effondrement du marché du gaz.

C’est effectivement un secteur qui est soumis à la transition dont je viens de parler. Nous allons vers un monde qui est décentralisé, qui est dé-carboné, et nous sommes en train d’implémenter ces solutions-là. Et puis, il faut gérer cette transition entre les moyens d’aujourd’hui, les grandes usines, les grands réseaux,…et ce monde que je viens de vous décrire. Cela ne se fait pas en trois jours, nous en avons pour plusieurs années, nous sommes partis dans un plan de transformation qui va durer trois ans, et ce sera probablement une première étape… [...].