Lors de l'Université d'été du Medef, Isabelle Kocher, Directeur Général d'ENGIE, et Frédéric Sanchez, Président de Medef International, ont signé un partenariat entre Medef International et Terrawatt Initiative.

Interview de Jean-Pascal Pham-Ba par Dominique Pialot pour La Tribune, le 6 septembre 2016 (extraits)

Jean-Pascal Pham-Ba - secrétaire général de l’Initiative Terrawatt

La Tribune. Quelle est la genèse de Terrawatt et quels sont ses objectifs ?

Jean-Pascal Pham-Ba. Il faut se replacer dans le contexte de la préparation de la COP21 l'année dernière. Un des principaux débats était celui des moyens pour faire baisser les coûts de l'électricité solaire. Ces coûts résultent de deux composantes principales, le coût des équipements et celui du financement. L'industrialisation et la hausse des volumes ont eu un effet très positif sur le premier. Le second a également évolué favorablement grâce aux taux de marché bas et à une prise de conscience sur les marchés occidentaux, du caractère très peu risqué des actifs solaires.

Depuis sa création, Solairedirect avait toujours mis en avant cet objectif de baisse des coûts du solaire, et de développement à l'international. Lorsqu'ENGIE a acquis Solairedirect, la recherche de pistes de production d'énergie propre et compétitive était également une orientation claire. Isabelle Kocher, le directeur général d'ENGIE, a donc décidé de mobiliser l'ensemble des expertises du Groupe pour promouvoir le développement du solaire compétitif dans le monde au travers de l'association Terrawatt Initiative, dont elle a pris la présidence.

Terrawatt Initiative a été lancée en ouverture de la COP21 concomitamment à l'Alliance Solaire Internationale ; quels sont les liens entre les deux ?

L'Alliance solaire internationale (ISA) a été lancée à la COP21 sous l'égide du Premier ministre indien avec François Hollande aux côtés de 50 chefs d'État et en présence de Gérard Mestrallet qui était à l'époque le PDG d'ENGIE pour apporter la caution du secteur privé à cette ambition politique. L'objectif de l'ISA est de favoriser l'accès à l'énergie et la lutte contre le changement climatique grâce à des investissements de grande ampleur dans l'énergie solaire. L'Inde est attentive au rôle qu'elle pourrait jouer parmi les pays « du Sud ». De la même façon qu'il y a eu l'OPEP, qui est un club de pays vendeurs, l'ISA se veut un club de pays acheteurs formant une alliance pour faire baisser les prix. Puissance nucléaire, spatiale, démographique, l'Inde est légitime à accueillir une organisation de coopération internationale telle que l'ISA. En parallèle, les volumes de financement nécessaires à sa mise en œuvre étant tels qu'ils nécessitent l'implication du secteur privé, le rôle de Terrawatt est justement d'aider les gouvernements à se poser les bonnes questions de façon à mettre en place les bonnes régulations pour attirer les capitaux privés. On se place dans la problématique de « shifting the trillions » qui a servi de fil rouge au Climate finance day de mai 2015, autrement dit, comment flécher vers l'économie décarbonée les milliers de milliards de capitaux en circulation dans le monde.

Aujourd'hui, le solaire occupe une place essentielle dans la vision stratégique et le plan de transformation d'ENGIE. Il est donc particulièrement intéressant qu'Isabelle Kocher, Directeur général d'ENGIE, ait également décidé de prendre la présidence de Terrawatt Initiative. En effet, Terrawatt a pour objectif de conseiller les gouvernements, partager l'information, animer, former l'ensemble des parties prenantes, etc. Gouvernements, financiers, énergéticiens, grand public, ONG, etc. nous voulons mettre tout le monde au même niveau d'information pour définir collectivement le cadre de marché le plus efficient possible.

Quelle est votre recette pour faire baisser les coûts de financement ?

Il s'agit d'analyser et de gérer les risques, limités, attachés à la production d'électricité solaire compétitive de la meilleure façon possible et de structurer des mécanismes internationaux de couverture. Cela permettait d'atteindre une notation investment grade nécessaire pour accéder aux marchés de capitaux locaux (lorsqu'ils existent) et internationaux, aux meilleures conditions de taux. D'immenses poches d'argent à la recherche de produits standardisés font face à une extrême hétérogénéité de cash flows, de processus de financements, de garanties, de législations, etc. Pour y remédier, il faut suivre toute une chaîne de transformation qui pourrait s'apparenter, dans l'agroalimentaire, au passage du grain de café, les revenus d'un actif quelconque de production d'électricité solaire, à la capsule Nespresso, le produit financier standard, noté et coté sur une grande place financière, une classe d'actif à part entière.

In fine, financer le solaire devrait être aussi simple que de se faire un café ! Notre rôle est d'animer le travail de toutes les parties prenantes pour établir et diffuser des règles, des pratiques de marché et des contrats communs, pour aboutir à une façon harmonisée et simple de produire de l'électricité solaire et que tout le monde puisse produire à 30 dollars le mégawattheure (tarif proposé récemment lors d'appels d'offres à Dubai et au Chili, NDLR) ou moins. Il faut passer d'une logique artisanale de financement de projets à une logique industrielle de financement de marché. À ce prix, la décarbonisation du système de production électrique va être très rapide. Une révolution. (…)

Votre objectif est très ambitieux : comment espérez-vous l'atteindre ?

Nous n'allons pas y parvenir seuls, mais en travaillant avec de multiples partenaires tels que l'IRENA (agence internationale des énergies renouvelables), la CNUCCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), les équipes de la COP21 et maintenant de la COP22, les agences de notation, d'autres ONG et initiatives comme la Climate Bond Initiative ou l'initiative « H20 minus CO2» sur le dessalement, etc. Ce qui compte, c'est la qualité des réseaux. Nombreux sont aujourd'hui ceux qui tiennent un discours similaire, mais chacun reste dans son silo. Nous souhaitons mettre tout le monde autour d'une même table, afin de lever des incompréhensions et de créer les liens nécessaires. Si nous n'y parvenons pas, nous allons être confrontés à de sérieux problèmes climatiques et même géopolitiques. (…)