Interview de Gérard Mestrallet dans Le Figaro

 

Gérard Mestrallet, Président-Directeur-Général d'ENGIE

À quelques semaines de la COP21, la grande conférence mondiale sur le climat organisée à Paris, la nouvelle résonne forcément fortement: Engie (ex-GDF Suez), le géant français de l’énergie - actif dans plus de 70 pays – décide de ne plus construire aucune nouvelle centrale à charbon. Interrogé par Le Figaro, Gérard Mestrallet, le président d’Engie, souligne que cette décision vient de loin, amorcée par le groupe Magritte, un cercle créé fin 2013 à l’initiative du dirigeant et qui rassemble tous les plus grands énergéticiens européens: «Dès ce moment-là, donc largement en amont de la COP21, nous avons milité pour un prix du carbone attractif, suffisamment élevé pour qu’il incite les opérateurs à investir dans le renouvelable et à limiter leurs émissions de CO2 . Comme nous croyons fermement que ce signal prix va s’imposer comme une nécessité et que le prix du carbone va se raffermir, les investissements dans les centrales à charbon fortement émettrices seront pénalisés. Les conditions sont donc réunies pour que nous prenions cette décision, à la fois économique et écologique, de ne plus construire aucune nouvelle centrale à charbon.»

 

Actuellement, la production d’électricité représente un tiers de l’activité d’Engie, dont seulement 15% est issu des centrales à charbon. Toutes ces installations en production seront maintenues. «De même, les projets charbon sur lesquels nous avons pris des engagements fermes seront honorés, poursuit Gérard Mestrallet. En revanche, tous les projets qui n’étaient pas encore contractualisés se retrouvent de facto interrompus.» C’est le cas par exemple en Afrique du Sud et en Turquie, où Engie projetait de construire deux centrales à charbon d’une puissance respectivement de 600 mégawatts (MW) et 1320 MW.

 

La moitié des nouveaux projets électriques d’ENGIE n’émettent pas de CO2

Gérard Mestallet ne craint pas que cette décision pénalise le développement du groupe à l’international, y compris dans des économies émergentes (Brésil, Inde…) qui continuent à s’appuyer significativement sur le charbon pour produire de l’électricité: «Certes, ces pays construisent des unités à charbon, mais ils sont surtout très ambitieux dans le domaine du renouvelable. Or nous sommes très bien implantés sur ce segment. La moitié de nos projets électriques sont aujourd’hui déjà dans le solaire, l’éolien, l’hydraulique, la biomasse ou la géothermie, qui n’émettent pas de CO2 . Engie a en effet décidé que tous ses nouveaux investissements dans la production d’électricité seront désormais des projets n’émettant pas ou peu de CO2, dans les énergies renouvelables et le gaz naturel. À titre indicatif, signe de cette montée en puissance des énergies vertes (tous opérateurs confondus, dans le monde), en 2014, 50% des nouvelles centrales électriques ont été des centrales solaires.

Pour Engie, la décision de renoncer au charbon dans le futur s’explique aussi par le fait qu’il dispose avec le gaz d’un bon complément aux énergies renouvelables, cette source d’énergie constituant un back-up efficace pour pallier, le cas échéant, à l’intermittence des énergies vertes. «Nous ne sommes pas les seuls à croire dans l’énorme potentiel du gaz, une ville comme Pékin a décidé officiellement de remplacer toutes ses centrales à charbon par des centrales à gaz, souligne Gérard Mestrallet. Non seulement le gaz représente un gain économique important mais les économies en termes d’émissions de CO2 sont conséquentes.»

Propos recueillis par Frédéric De Monicault