Interview de Charles-Éric Lemaignen dans La Lettre institutionnelle d’ENGIE N°19 (Novembre 2015)

 

Charles-Éric Lemaignen, Président de l’Assemblée des Communautés de France (AdCF)

À quelques jours de la COP21, quelles solutions peuvent selon vous apporter les communautés à la question climatique ?

Charles-Éric Lemaignen. Les collectivités sont les principaux opérateurs publics qui permettront de déployer les engagements nationaux et internationaux en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Pour les communautés et métropoles que fédère l’AdCF, cela se traduit concrètement par le développement des mobilités alternatives, la promotion des énergies renouvelables, la planification urbaine qui concourt à refaire la ville sur la ville, l’accompagnement des ménages et des entreprises dans des opérations d’efficacité énergétique. Ayons également à l’esprit la recherche d’exemplarité dans la gestion patrimoniale des collectivités. Le gisement d’économie d’énergie et d’émission de gaz à effet de serre des 280 millions de mètres carrés de bâtiments détenus par les collectivités, dont la part la plus importante relève de la gestion du bloc communal, représente également une opportunité de réduction des dépenses de fonctionnement.

 

Comment les compétences dont disposent aujourd’hui les communautés à la suite des réformes territoriales contribuent à répondre à ces enjeux ?

Le mouvement de réforme territoriale qui précise les responsabilités des différents niveaux de collectivités renforce le couple régions/communautés comme les principaux opérateurs des politiques de développement et d’aménagement de nos territoires. Cette organisation conforte les communautés et métropoles dans leur rôle d’autorités organisatrices de la mobilité, des politiques environnementales et énergétiques, d’aménagement du territoire, d’urbanisme et de logement. Il existe cependant un réel point de vigilance qui n’aura échappé à personne dans le contexte d’effort de redressement des comptes publics, c’est la contrainte budgétaire à laquelle doivent faire face les collectivités. Très mobilisée pour demander un étalement des baisses de dotations de l’État, l’AdCF accompagne les communautés et métropoles pour qu’elles puissent préserver leurs capacités d’investissement avec les effets d’entraînement qui en résultent sur les économies locales.

 

Quelle place les autres acteurs du territoire – associations, citoyens, entreprises… – peuvent-ils tenir selon vous dans cette transition ?

Relever le défi écologique et énergétique passe par la mise en transition de nos sociétés. À l’échelle des territoires locaux, cette propension à la conduite du changement sera déterminante. Elle peut reposer sur des incitations tarifaires dans le cadre des services publics, sur des innovations technologiques mais c’est avant tout un enjeu de mobilisation collective. Dès lors, le rôle des pouvoirs publics consiste à mettre en mouvement les individus, à soutenir les pratiques innovantes et à massifier celles qui sont porteuses de solutions pour l’environnement et le climat. En confiant aux seules communautés et métropoles la responsabilité des Plans Climat Air Énergie Territoriaux, le législateur nous incite à assumer plus encore qu’hier ces fonctions d’animation territoriale.