Hervé Casterman, Directeur Environnement du Groupe GDF SUEZ

Comment les activités du Groupe GDF SUEZ sont-elles impactées par le changement climatique ?

Hervé Casterman : Le climat est déjà aujourd’hui une donnée importante pour notre activité. La demande d’énergie, et en particulier la demande en gaz pour le chauffage des bâtiments, est évidemment directement reliée au climat et aux températures. La production d’énergie est aussi extrêmement sensible aux conditions météorologiques : la disponibilité en eau est par exemple un élément clef de la production hydroélectrique ou du refroidissement de nos centrales thermiques.  Des variations climatiques, parfois importantes d’une année sur l’autre – avec notamment un hiver 2013-2014 jugé le 2e hiver le plus chaud depuis 1900 en France – provoquent d’ores et déjà des variations substantielles de l’équilibre offre-demande en électricité et en gaz. Ces facteurs, combinant de forts impacts sur les prix et les volumes, ont un effet direct sur les résultats du Groupe. A long terme, le 5e rapport du Groupe Intergouvernemental d’Experts de l’ONU sur l’évolution du Climat (GiEC) nous rappelle qu’une hausse de 2°C à 4°C telle que prévue par les modèles est génératrice de risques «considérables» sur les équilibres économiques et sanitaires mondiaux : pénurie d’eau, perturbations météorologiques plus fréquentes et plus extrêmes (crues, vagues de chaleur), perte substantielle de biodiversité, migration des populations, augmentation des conflits liés à l’eau, risques sur la santé… Les défis sont multiples.

 

Quelle est la stratégie du Groupe face aux aléas et modifications des conditions climatiques ?

Hervé Casterman : La stratégie de GDF SUEZ s’appuie sur le développement d’un mix diversifié de production (hydraulique, gaz, nucléaire, charbon, éolien…) pour accroître sa résilience et sur une présence dans différents pays ou différentes zones qui lui permettent notamment de réagir au mieux aux variations climatiques. Le Groupe se couvre également contre l’aléa de demande, par des mécanismes de modulation de ses achats de gaz et l’optimisation de ses moyens de production électrique lui permettant d’adapter ses coûts de production et d’approvisionnement. Pour mieux appréhender les modifications du climat futur, GDF SUEZ participe à des projets collaboratifs externes comme le projet «Extreme Events for Energy Providers» au sein de la Climate Knowledge and Innovation Community. Ce projet s’appuie sur les scénarios du GIEC et la définition d’indices climatiques dédiés aux métiers de l’énergie. Il a pour objectif de permettre aux énergéticiens de profiter des dernières avancées scientifiques pour évaluer les impacts du changement climatique sur leurs activités et améliorer leur résilience face aux risques climatiques. Le «Climate proofing» est en effet un défi, mais également une formidable opportunité au niveau international, national, sectoriel et local.

 

Quels sont les axes de démarche de GDF SUEZ en matière de changement climatique ?

Hervé Casterman : Ils s’inscrivent dans la volonté du Groupe d’une croissance responsable pour répondre aux besoins d’énergie tout en luttant contre le changement climatique. Pour ce faire, nous avons défini quatre axes. Le premier axe consiste à mobiliser les managers et les collaborateurs du Groupe sur les avancées scientifiques et les politiques publiques en matière d’adaptation au changement climatique. Le deuxième vise à rendre les activités du Groupe plus résilientes vis-à-vis des changements climatiques en cours et à venir. Pour illustration, le Groupe a récemment fait une évaluation du stress hydrique pour ses installations «énergie» complétée d’une analyse locale du risque.
Le développement de nouvelles offres ou solutions pour nos clients constitue le 3e volet de notre démarche. Pour exemple la combinaison d’installation de dessalement des eaux de mer et de production d’électricité permet de répondre aux besoins de régions où l’eau douce est une ressource rare, comme le Moyen Orient où GDF SUEZ est le premier producteur d’électricité indépendant.  Enfin, nous sommes persuadés que la communication et le dialogue avec nos parties prenantes, via des partenariats dans certains cas, sont des conditions de succès de la démarche. C’est l’objet du quatrième axe. GDF SUEZ Energie UK a ainsi présenté un rapport aux autorités britanniques détaillant les impacts actuels et futurs du changement climatique pour ses activités et ses propositions pour y répondre. Dans le cadre d’une collaboration avec d’autres énergéticiens et le Met Office, 17 risques ont été identifiés pour le secteur de la production thermique d’électricité, chacun étant ensuite évalué en s’appuyant sur l’évolution d’indices climatiques…

 

Existe t-il d’autres exemples d’études menées dans le Groupe GDF SUEZ sur les services climatiques ?

Hervé Casterman : La CNR (Compagnie Nationale du Rhône) a récemment mené une étude de l’impact du changement climatique sur la disponibilité et la gestion de la ressource en eau du Rhône sur base d’indices climatiques. La CNR s’est intéressée en particulier au barrage de Génissiat, d’une puissance installée de 420 MW pour un bassin versant de 10900 km². L’étude réalisée s’est appuyée sur les données hydrométriques du Rhône, sur les valeurs de productibles de l’aménagement de Génissiat, sur les résultats du projet Explore 2070 financé par le Ministère de l’Ecologie du Développement Durable et de l’Energie ainsi que sur les simulations réalisées dans le cadre d’Explore 2070 par Météo France. Le scénario médian d’émissions de gaz à effet de serre pour les projections climatiques du GIEC à l’horizon 2046-2065 a été retenu. Sept modèles climatiques ont été utilisés.

 

Quel enseignement avez-vous déduit de ces modèles climatiques ?

Hervé Casterman : Les résultats mettent en évidence une baisse des débits moyens annuels comprise entre 3% et 23% suivant les modèles avec une valeur médiane de 10% à l’horizon 2050. Cette baisse des débits se traduit par une baisse identique de la productibilité de Génissiat. Au-delà de la baisse d’hydraulicité proprement dite, le décalage dans le temps de la saison de fonte ainsi que la baisse des débits en été et en automne se retrouvent dans le profil de production moyen mensuel. Pour l’exploitant, cela implique nécessairement une adaptation non seulement de la gestion de la production mais aussi de la gestion des indisponibilités et des contraintes.