Tribune de Jérôme Ferrier pour LesEchos.fr

 

Paris se prépare à accueillir le Congrès mondial du gaz, en juin, et la 21e Conférence sur le climat (COP 21) en décembre. Le moment est unique : à la veille d’une nouvelle lecture au Sénat du projet de loi relatif à la transition énergétique, la France doit être exemplaire en la matière.

Mais ne nous trompons pas : si la France veut être cet exemple européen, elle ne devra pas laisser le gaz à l’écart comme elle le fait encore avec ce projet de loi. Toutes les parties prenantes ont travaillé pendant deux ans à son élaboration et on en attendait qu’il engage le pays sur une trajectoire énergétique garante de notre environnement et économiquement soutenable. Or qu’en est-il? La vérité est que le gaz est le grand oublié de ce projet, car destiné, au même titre que les autres énergies fossiles, à une réduction de sa consommation de 30% pour les dix prochaines années, sans prise en considération des empreintes carbone respectives. Une distinction s’impose.

La France considère que la seule énergie propre est l’électricité, alors qu’elle est générée à partir d’une énergie primaire, nucléaire, renouvelable ou fossile, et que le bilan carbone du pays doit intégrer l’ensemble de la chaîne de production de l’électricité. Or, pour 1 kWh d’électricité produit, l’émission de CO2 est autour de 450 grammes pour le gaz, alors qu’elle dépasse les 800 grammes pour le charbon, soit une différence de plus de 80% ! Quand le Global Carbon Project (GCP), organisme international de référence, confirme que le monde a atteint un nouveau record d’émissions de CO2 en 2013, la France continue de consommer du charbon, pour sa production électrique notamment : sa consommation a augmenté de plus de 20% en 2013. On utilise des centrales au charbon alors que celles au gaz, moins polluantes, sont à l’arrêt. Mieux, ou pire, en 2013 les émissions de carbone ont baissé de 2,5% dans l’Union européenne… et la France a vu les siennes augmenter de 0,6%.

Alors que le charbon cause des dégâts substantiels à notre santé (Health and Environment Alliance), la France doit prendre le leadership en Europe pour montrer la nécessité de restreindre sa place et pour prouver que le gaz constitue l’énergie idéale de transition, mais aussi de destination, au côté des énergies renouvelables, comme composante d’un objectif de «mix énergétique» conjuguant protection climatique et compétitivité de notre économie.

C’est d’abord une énergie qui a plus de deux siècles de réserves, réparties à travers le monde. Une énergie facilement accessible grâce à des infrastructures très développées, comme les réseaux de transport et de distribution, les stockages et les terminaux méthaniers. C’est la meilleure alliée des énergies renouvelables en répondant aux situations d’intermittence et de surproduction de celles-ci. Le gaz est une énergie qui va devenir de plus en plus verte, grâce à la production de biométhane sur le territoire français à partir de déchets ménagers ou agricoles. Six sites injectent du biométhane dans les réseaux français aujourd’hui. Enfin, c’est une énergie qui est compétitive.

Les solutions sont là, à portée de main. Quand Pékin mise sur le gaz carburant, la France décide de ne pas inclure le gaz dans sa définition du véhicule propre. Pourquoi ? La remise en marche des centrales électriques au gaz et le remplacement des vieilles centrales au charbon par de nouvelles au gaz pourraient réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de plus de 60% par kWh produit, en tenant compte de tout le cycle de vie. Pourquoi ne pas proposer à nos partenaires le retour en exploitation des cycles combinés à gaz, actuellement sous cocon ?

Accessible, abordable et respectueux de l’environnement : le gaz n’est pas une énergie du passé, mais un atout formidable pour notre pays. Il peut être l’instrument du leadership de la France pour la maîtrise de l’enjeu climatique, le fer de lance d’une politique énergétique européenne et mondiale.