L’Initiative Terrawatt est une organisation mondiale à but non lucratif, rassemblant des gouvernements, des institutions financières, des énergéticiens, des ONG et des citoyens pour promouvoir la production d’une énergie solaire abordable et en faire un outil décisif pour répondre aux besoins en électricité, aux questions de développement durable et au changement climatique.

L’Accord de Paris sur le Climat est désormais notre loi, une loi universelle pour « contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels ».

L’élévation de la température de la planète est fonction de la quantité des gaz à effet de serre (GES) en particulier du CO2 dans l’atmosphère.

Aux dires des experts, si nous voulons avoir une chance raisonnable de rester à 2 °C – soit au-dessus des objectifs de l’Accord de Paris - la concentration de CO2 ne doit pas excéder le seuil de 450 ppm à la fin du siècle, sachant que nous avons dépassé cette année les 400 ppm, par rapport à 280 ppm pendant l’ère préindustrielle.

Nous pensons à l’Initiative Terrawatt que l’énergie solaire est un instrument sans équivalent pour concrétiser ces changements. L’énergie solaire est une source illimitée, abordable et largement disponible. Elle est de surcroît universelle pour tous les pays. Les applications allant des centrales de production de 500 MW, aux systèmes domestiques de 50 watts et lanternes de 5 watts peuvent stimuler la croissance et le progrès humain dès que nous exploiterons tout son potentiel.

Par sa simplicité, sa facilité d’évolution et son universalité, l’énergie solaire est la seule solution de production d’énergie décarbonée pouvant être déployée suffisamment vite pour mettre l’humanité sur la voie des 450 ppm, et en laissant aux autres technologies le soin de faire ce qu’il faut pour être « nettement en dessous de 2° C ».

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Concrètement, pour que le solaire remplace la production d’énergies fossiles et nous mette sur la voie des 450 ppm, il faudrait que la capacité solaire installée en 2025 atteigne 2,5 TW soit 10 fois la capacité installée actuelle. Cela veut dire quintupler le rythme d’installation annuel dès aujourd’hui. Cela veut dire installer en moyenne 700 MW, soit 700 millions de dollars, par jour en démarrant en janvier 2017. C’est tout simplement énorme.

Comment allons-nous faire ?

Certainement pas avec des subventions publiques massives. Nous ne pouvons compter que sur les forces du marché, ce qui veut dire que l’énergie solaire doit être moins chère que l’énergie fossile. Des expériences récentes ont démontré qu’il est possible de parvenir à un coût actualisé de l’énergie (LCOE) de 30 USD/MWh dans des contextes très particuliers. Sur cette base du prix de l’électricité, nous estimons que les forces du marché entraîneront un changement radical des modes de production de l’énergie.

Pourquoi ?

D’abord, parce qu’aucun combustible fossile ne pourra concurrencer un tel coût, notamment en cas d’application d’un prix du carbone et de la suppression des subventions aux combustibles fossiles. Ensuite, parce que cela rend l’énergie solaire abordable au plus grand nombre. Enfin, parce que ces niveaux de coûts ouvrent un vaste champ économique, entre le LCOE solaire et le LCOE fossile, permettant de stocker l’énergie de façon économique, de répondre à la demande, d’assurer l’efficacité énergétique, de créer des mini-réseaux… en d’autres termes, de promouvoir de nouvelles technologies de gestion de l’énergie, qui, à leur tour, accéléreront la pénétration d’autres technologies de production d’énergie, et donc la décarbonisation de nos économies. Nous pouvons dès aujourd’hui créer un cercle vertueux crédible.

Comment ?

Sachant que la technologie est un produit de base dont le prix avant impôts et taxes est pratiquement le même partout dans le monde, et que le rayonnement solaire est un fait, les variations du LCOE solaire sont essentiellement dues aux coûts de développement et d’investissement.

Par ailleurs, les contraintes systémiques provenant de pratiques réglementaires inefficaces et de pratiques commerciales pesantes ont un effet négatif sur les coûts de développement. Enfin, le manque d’outils adaptés de réduction des risques macro-économiques empêche nombre de pays d’accéder aux ressources considérables et abordables de l’investissement privé.

Si l’énergie solaire abordable est la clé de la décarbonisation, la COP22 devrait inscrire d’emblée comme sa priorité numéro 1 l’objectif d’atteindre partout un « nouvel équilibre autour de 30 USD/MWh ». Pour cela, on devrait prendre toutes les mesures nécessaires pour rationnaliser le développement et réduire le coût d’investissement grâce à :

  • des pratiques réglementaires locales simples et efficaces basées sur un LCOE solaire plus faible ;
  • la simplification et l’adaptation des pratiques contractuelles du marché ; et,
  • des garanties universelles de désengagement face aux risques financiers.

Produire de l’électricité solaire abordable n’est plus un problème technologique mais un problème financier et juridique, ce qui permet de le résoudre fondamentalement – à condition que nous unissions toutes nos forces pour y parvenir.

Un groupe d’énergéticiens, d’industriels et d’organismes financiers du monde entier ont décidé l’année dernière de lancer l’Initiative Terrawatt, première organisation privée ouverte à but non lucratif. L’Initiative Terrawatt estime qu’il est aujourd’hui économiquement possible de lancer la décarbonisation rapide du secteur de la production d’électricité et sa profonde modernisation en commençant par les technologies solaires photovoltaïques qui ouvrent la voie à toutes les technologies existantes et nouvelles de production et de gestion de l’électricité de façon durable.

Nous préconisons un dialogue fort et rapide entre le public et le privé, le nord et le sud, pour mettre en œuvre le plus vite possible un cadre commercial moderne. C’est pourquoi nous soutenons vigoureusement les initiatives de l’Alliance Solaire Internationale (ISA), de l’Agence internationale pour les Énergies renouvelables (IRENA) et d’autres œuvrant dans ce sens.

C’est aussi la raison pour laquelle nous portons ce message au cœur de la négociation sur le climat ici à Marrakech et ailleurs. C’est pourquoi nous demandons aux citoyens et aux populations du monde entier d’agir tous les jours, de s’engager auprès de leurs dirigeants, de tisser des liens de confiance entre générations et d’assurer que la génération suivante sera celle des « enfants du solaire » dans un monde plus sûr.

L’énergie solaire abordable partout est la meilleure option à notre disposition aujourd’hui pour lancer la décarbonisation de notre système énergétique à grande échelle et aussi pour aider les populations à s’adapter aux conséquences du changement climatique. C’est aussi notre meilleure option pour apporter de l’énergie fiable, durable et moderne à tous.