Josep Roig, secrétaire général des Cités et Gouvernements Locaux UnisErik ORSENNA : Dans son livre «Si les maires dirigeaient le monde», Benjamin Barber, professeur de science politique à l’université du Maryland aux Etats-Unis, pose la question «Et si c’était maintenant les maires qui allaient gérer le monde ?»

Josep ROIG : En effet, Benjamin Barber se demande comment résoudre les problèmes nouveaux basés sur l’interdépendance au niveau global sur les questions du climat, du nucléaire… Or, les Etats-nations sont des états souverains, indépendants. Ainsi, les Etats-Unis n’ont jamais ratifié le protocole de Kyoto mais, dans le  même temps, les villes américaines ont fait beaucoup en faveur du développement durable. Pour les Américains, les problèmes globaux doivent présenter des solutions au niveau des villes. Une proposition serait de mettre en place un Parlement des villes.

 

E.O. : La démocratie traditionnelle, avec ses formes anciennes de représentation, ne doit-elle pas être mise en cause ?
J.R. : Istanbul, Rio… Ce changement de la gouvernance se voit partout. C’est le niveau local qui doit inspirer une réforme, là où le gouvernement est le plus proche de la société civile. A Madrid, en novembre dernier, les agents de nettoyage des rues et jardins se sont mis en grève. Un plan social prévoyait la suppression de plus de mille postes sur presque 7 000, et une baisse des salaires pouvant aller jusqu’à 40 %. Dans cette ville de 3,2 millions d’habitants, les gens sont descendus dans la rue pour ramasser les tonnes de détritus amassés pendant douze jours. Les discussions syndicales étaient de vraies discussions sociales.

 

E.O. : Jusqu’à présent, seules les questions techniques étaient posées aux villes. Ça ne suffit plus. Elles doivent désormais répondre à des revendications sociales.

J.R. : Le chômage des jeunes, qui peut atteindre 40 à 50% de la population active, pose un problème social avant même celui des services ou de la qualité de vie. Est-ce qu’on donne aux jeunes la possibilité de décider de leur propre vie ? Quelles sont les formations les plus adéquates à l’évolution de notre société ?

 

E.O. : Il faut imaginer une politique de formation et de réinsertion au niveau des villes, au lieu de penser que ce soit une politique tout à fait globale. C’est lié aussi aux offres d’emplois locaux.

J.R. : Le lien entre l’économie et les jeunes est évident. Ils n’ont pas d’opportunités dans le système économique que l’on a bâti. Il faudra changer quelque chose si l’on veut avoir un futur pour tous.