Marie Hélène ContalErik ORSENNA : Vous assurez une veille sur l’évolution de l’architecture et du projet urbain confronté aux grandes transitions, que vous apportent les échanges au sein du Conseil de Stratégie Urbaine ?

Marie-Hélène CONTAL : Le Conseil de Stratégie Urbaine réunit des gens du Nord, des pays développés, et des personnalités qui viennent du Sud, des continents et pays émergents, c’est-à-dire les deux marchés de la gouvernance urbaine, très différents dans leurs objectifs et leurs enjeux. Les observer simultanément est intéressant même si cela ne simplifie pas les réponses. Il y a un besoin de sophistication dans les pays occidentaux qui appelle de la recherche, de la technologie. Est-ce que cette technologie va passer au Sud comme au 20e siècle ? Est-ce que les pays émergents attendent des réponses qui sont exactement les mêmes que celles que l’on a développé 5 ans, 20 ans, 50 ans avant. Pas forcément ! Une innovation née dans les pays du Sud n’est pas nécessairement une innovation technique mais une innovation sociale, comme une façon de construire la ville, est une autre façon de répondre à des besoins. C’est un échange à double sens qui s’instaure. C’est beaucoup plus compliqué qu’au 20e siècle. Pour un acteur global comme ENGIE, c’est très important d’être à l’écoute de ces deux systèmes d’échanges. Il est essentiel de construire ce dialogue entre une puissance installée qui est encore au Nord, et des économies et des besoins qui sont au Sud.

 

E.O. : Quel constat faites-vous sur l’évolution de ces dernières années. Peut-on parler de progrès ?

M-C.C. : La grande difficulté que j’observe dans ces échanges du Conseil de Stratégie Urbaine, c’est une entité mondiale comme ENGIE construite sur une histoire ancienne, 19e, 20e, c’est son histoire, c’est ce qu’elle apporte, et en même temps il y a une rupture avec le siècle prochain. ENGIE est dépositaire de la volonté de progrès, dans la gestion de la ville notamment, partagée par tous, mais les voies que le progrès va emprunter dans des pays aussi différents que la France ou le Chili, l’Inde, la Chine, sont différentes. Il faut gérer une espèce de patrimoine génétique et inventer des méthodes appropriées aux seuls pays du Sud.