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jui
2018

Sophie Guignard : EnergyBay, seconde vie des pièces de rechange

Cette année, trois collaboratrices ENGIE ont pris part au programme #66Miles, porté par l’agence de conseil en open innovation Five by Five et l’incubateur au féminin Willa (ex Paris Pionnières). Après 4 mois de travail intense, la promotion 2018 a clôturé le programme par un grand oral devant un public composé d’équipes d’ENGIE, de personnalités extérieures, dont Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au numérique, et de journalistes. Trois femmes, chacune porteuse d’un projet très différent, passionnées et passionnantes, qui, toutes, ont adopté le motto d’Isabelle Kocher «« l’entreprise fait partie de la solution… et non du problème ».

Défenseur de l’intrapreneuriat, qui plus est au féminin, ENGIE est engagé dans plusieurs partenariats avec WILLA (ex Paris Pionnières). Au total, depuis 2 ans, ce sont ainsi 6 intrapreneures, et 11 futures intrapreneures qui ont été formées par ce biais.

Optimiser les stocks, favoriser les échanges et simplifier l’approvisionnement des équipes de maintenance en s’appuyant sur une solution sans frontières. C’est armée d’une double expérience en management de systèmes d’information et en achat que Sophie Guignard a imaginé son projet de marketplace à partir d’une étude réalisée par ENGIE digital. Portrait d’une pragmatique déterminée à faire bouger les lignes.


Racontez-nous votre projet en quelques mots

Energy Bay, c’est LA plateforme d’économie circulaire dédiée au secteur de l’énergie qui permet de donner une deuxième vie aux pièces de rechange de ce secteur. L’idée vient d’une situation qu’ENGIE (mais pas que ENGIE) rencontre : on a d’un côté des stocks de pièces (moteur, vannes, pièces de centrales ou de sites d’énergies renouvelables, chaud/froid…) qui pèsent lourd dans les stocks et de l’autre des équipes qui doivent faire la maintenance de ces équipements, des maintenances planifiées ou des pannes subies non prévues et qui doivent rapidement trouver la pièce de rechange dont ils ont besoin. Souvent, et notamment dans les centrales, les pièces recherchées sont obsolètes et ne sont plus fabriquées par les fournisseurs : il faut se débrouiller pour trouver la bonne pièce sur le marché d’occasion. L’idée est de créer ce marché d’occasion de manière structurée pour, à la fois, faire baisser les coûts de stock et trouver, simplement et rapidement, les pièces dont on a besoin. sur les marchés d’occasion. On pourrait imaginer qu’à terme Energy Bay soit un nouveau fournisseur pour ENGIE, un fournisseur de pièces d’occasion. Le projet est ouvert au-delà d’ENGIE pour trouver d’autres industriels, des fabricants de pièces afin de connecter leur stock de pièces et de favoriser ainsi les échanges. J’ai présenté ce projet à la fois pour permettre à ENGIE de réduire ses coûts mais aussi pour créer un nouveau business, d’opérateur de marketplace.


Comment vous est venue l’idée de ce projet ?

J’ai passé trois ans à la direction des Achats puis j’ai rejoint l’équipe digitale d’ENGIE il y a un an et demi. Auparavant j’ai passé plusieurs années au sein de la DSI du Groupe Thales, où j’avais la responsabilité des applications du Groupe. Le point de départ d’Energy Bay est une étude d’ENGIE Digital sur la digitalisation des assets industriels du Groupe. Le besoin de réduire nos coûts de stock en les écoulant a émergé à ce moment-là. J’ai repris ce projet après cette étude et mon expérience et mon réseau aux achats m’ont été très utiles. En échangeant avec les entités opérationnelles, j’ai découvert des entités qui avaient besoin de vendre des stocks qui ne correspondaient pas forcément aux besoins des autres entités. Par exemple, en Amérique latine, il y a des pièces à vendre de centrale charbon qu’ENGIE ne va pas acheter. D’où l’idée d’ouvrir ce stock à d’autres industriels et d’en profiter pour créer un nouveau service, un nouveau métier.


Quand la marketplace est-elle née ?

L’idée est née il y a à peu près un an. Quelques mois plus tard, en novembre, après avoir échangé avec plusieurs entités, j’ai eu l’idée de l’ouvrir. Aujourd’hui, il y a une première version de la solution qui existe et on commence à y faire rentrer des pièces. C’est l’enjeu des prochaines semaines.


Comment cela se combine-t-il avec votre travail au quotidien ?

Ma situation est différente d’autres entrepreneures car mon métier consiste à créer cette plateforme pour ENGIE. Mon projet d’intrapreneure s’inscrit donc dans la continuité de mon job.


Que vous a apporté le programme ?

C’est extrêmement structuré, il y a une méthode. On est parti du problème de nos utilisateurs pour arriver à la solution. Il y a aussi un état d’esprit extrêmement ouvert. Parfois ici on peut avoir du mal à s’autoriser à interroger certaines personnes de l’organisation, à aller rencontrer des gens à l’extérieur. Dans l’incubateur, c’est la règle : on doit parler, communiquer, expliquer son idée à beaucoup de monde. Et plus on explique, plus on a de retours et plus ça enrichit son idée. C’est intéressant de se mettre dans cet état d’esprit, de partager, d’aller chercher les personnes dont on pense avoir besoin sans se mettre de freins sur son niveau hiérarchique ou son statut interne/externe.


Vous aviez un sponsor ?

Dans le programme, Hélène Verbochkaven, Deputy Director d’Engie Digital, était ma sponsor. Hélène connaît bien mon projet et soutenait totalement cette démarche intrapreneuriale et c’était important pour moi. Je peux également compter sur Yves Le Gélard, DGA du Groupe, pour m’accompagner dans cette aventure. Il m’encourage à montrer que le concept fait du sens en interne, avant de l’ouvrir à l’externe d’Engie, ce qui assurera une plus grande pertinence de la marketplace.


Qu’a apporté le fait que ce soit un programme 100 % féminin ?

Ce programme permet de mettre en avant les femmes, les booster, montrer que c’est possible, que d’autres le font. C’est important de pouvoir s’identifier à des femmes qui réussissent, au-delà d’Isabelle Kocher !


Quelle relation avez-vous eu avec les autres participantes au programme ?

Riche ! Nous étions au total 8, de 4 sociétés différentes. Nos sujets n’étaient pas du tout les mêmes, ceci étant, nos problématiques étaient parfois identiques, les difficultés rencontrées aussi : trouver les bonnes réponses, identifier les bonnes personnes… Cette création de groupe a été d’un grand soutien pour arriver à tenir le rythme, et j’espère qu’il durera.


Comment vous projetez-vous d’ici 6 mois, 1 an ?

Dans les 6 prochains mois, on doit valider le concept pour pouvoir l’ouvrir sur le marché à la rentrée prochaine. Ensuite, en fonction de la réussite du projet, il faudra réfléchir à son évolution, aussi bien en terme de services offerts, de déploiement que de structures.


Comme êtes-vous devenue intrapreneure ?

J’aime le challenge de créer un nouveau métier et d’aller au bout de cette idée. J’ai aussi l’envie de changer la manière dont on travaille, de pouvoir faire émerger les idées au sein des équipes et de les faire remonter dans les directions pour voir si cela peut fonctionner. Le timing aussi a joué : en fin d’année j’ai reçu des messages de la Direction de l’innovation, de la communication et des talents qui proposaient de participer à ce programme d’intrapreneuriat. De plus, c’était un programme au féminin et cela correspondait à mes envies : changer les modes de travail, promouvoir la place des femmes dans l’entreprise. Ce message est venu comme une réponse à ce que j’avais déjà en tête.


Est-ce risqué ou challenging de faire de l’intrapreneuriat chez ENGIE ?

Ce n’est pas risqué car nous ne sommes pas des entrepreneurs mais je trouve cela challengeant. Au départ, il y a toujours un peu de réticences indépendamment du sujet … Pour mon sujet en particulier, je n’ai pas trop fait attention, j’ai continué ma route ! Il ne faut pas s’arrêter au premier obstacle, c’est ça la leçon. L’effet de groupe permet aussi de se remotiver lorsqu’on est un peu à plat, car la relation ne peut qu’être bienveillante au sein du groupe d’intrapreuneure. Et puis il y a aussi pas mal de personnes dans l’entreprise qui veulent que l’on réussisse, qui veulent aussi montrer que c’est possible, c’est motivant.


Qu’est-ce qui vous donne le sourire quand vous allez travailler le matin chez ENGIE ?

J’ai rejoint ENGIE il y a 4 ans, je sens des choses qui changent. ENGIE a une vision, elle est claire et communiquée. J’ai l’impression qu’on donne le droit à chacun de prendre sa part et de construire des choses qui vont dans le sens de cette vision. C’est ce que dit beaucoup Isabelle Kocher, ça donne aussi le droit à l’erreur quand elle dit que tous ceux qui veulent aller dans le sens de cette vision peuvent prendre des initiatives. Je sens qu’il y a beaucoup d’initiatives qui sont faites pour essayer d’ « aller chercher des talents », des gens qui ont envie d’essayer des choses nouvelles, des modes de fonctionnement différents, des idées différentes. Donc moi ça me donne le sourire.


Que diriez-vous aux prochaines personnes qui ont cette envie de faire de l’intrapreneuriat ?

Il faut oser, ne pas avoir peur, et ne jamais s’arrêter indépendamment de l’avis des autres. Si une personne pense que ce n’est pas une bonne idée, il y en a deux autres qui peuvent penser le contraire, il faut aller chercher ces gens-là. Souvent on disait, au cours du programme, « You don’t get what you don’t ask », c’est assez vrai. Parfois on a tendance à attendre qu’on vienne nous chercher alors qu’on a des idées, des envies. Il faut les dire et en général ce qu’on demande, on l’a.

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