Didier Holleaux

Tribune de Didier Holleaux, directeur général adjoint d'Engie, publiée sur LinkedIn, le 10 octobre 2018 

La filière de l’énergie en France, ce n’est pas simplement de l’électricité nucléaire, c’est aussi de l’électricité renouvelable, de la géothermie, de la chaleur et du froid par les réseaux, de l’efficacité énergétique ainsi que du gaz naturel pour alimenter des centrales et pour se chauffer car il émet deux fois moins de CO2 que le charbon, et du biogaz pour les réseaux et la mobilité. ENGIE couvre déjà tous ces secteurs. Par exemple, à Paris, nous nous sommes associés à la RATP pour développer des bus 100 % biogaz et pour fournir des centres de ravitaillement dédiés. En tant que leader de la transition énergétique, si nous plaçons déjà un mix énergétique diversifié au cœur de nos actions, notre volonté est qu’il devienne de plus en plus renouvelable...


La diversification et la complémentarité des énergies ont un rôle primordial dans le monde des 3D qui correspond à la vision d’ENGIE : décarboné, décentralisé et digitalisé. Nous voulons accompagner les entreprises et les particuliers dans leur engagement pour le développement durable à l’échelle locale et individuelle. Nos priorités sont notamment d’aider nos clients à améliorer leurs usages de l'énergie, dans tous leurs types de consommation : le chaud, le froid, l'éclairage, la mobilité mais aussi produire et distribuer une énergie toujours plus verte.


Nulle énergie ne suffit à satisfaire tous les besoins au meilleur coût avec le moins de CO2 possible, c’est pourquoi nous ne croyons pas au scénario tout électrique ou tout nucléaire mais à des solutions plus pragmatiques.

Prenons la demande instantanée d’énergie en France à la pointe de 8h du matin, un jour froid d'hiver: la demande est de 330 GW. Le réseau électrique fournit 95-100 GW avec des importations en général de l'ordre de 5 GW. En hiver, à 8 heures, et particulièrement quand il fait froid, le photovoltaïque donne 0 GW et l'éolien donne peu. Sur les 230 GW qui manquent, le gaz en fournit aujourd’hui 130 GW. Si certains font l’hypothèse d’électrifier plus et de faire face à la demande de pointe, alors avec quelle énergie électrique décarbonée satisfont-ils la pointe de demande ?

Il faut donc tirer le meilleur parti de la complémentarité des énergies dans le mix énergétique pour atteindre la croissance verte que nous souhaitons.

Pour cela, il ne faut en effet pas laisser le gaz de côté. C’est un vecteur fondamental des systèmes énergétiques dans la mesure où il peut compenser l’intermittence des renouvelables. Le gaz a un rôle majeur à jouer en complément des énergies renouvelables et en substitution des combustibles plus polluants : diesel, fioul. Il a aussi son importance dans le développement des réseaux de chaleur, la mobilité gaz, mais ce gaz doit lui-même devenir vert : le biogaz (issu de méthanisation et de pyrogazéification) doit progressivement se substituer au gaz naturel/fossile. C’est pour ces raisons que nous investissons massivement dans le biogaz et l’hydrogène renouvelable.

Aujourd’hui, le gaz naturel contribue à une forte réduction des émissions de gaz à effet de serre et les problèmes de pollution. Et à l’horizon 2030 : 15 à 30 % du gaz injecté dans le réseau sera du gaz vert, une solution 100 % renouvelable qui remplacera, à terme, le gaz naturel.

Notre scénario a le bénéfice de garder beaucoup de solutions ouvertes. Éolien onshore/offshore, photovoltaïque, gaz naturel, gaz verts. Donnons sa chance au biogaz comme nous l’avons donné, en son temps, au solaire et à l'éolien. Lorsque nous avons commencé à soutenir le solaire photovoltaïque, il coûtait 700 euros le MWh. À l’époque, peu nombreux étaient ceux qui pensaient que le solaire serait un jour compétitif, aujourd’hui, dans les derniers appels d’offre de la CRE en France, son prix se situe autour de 60 euros/MWh. Il faut prendre en compte l’intégralité de la chaîne : matériaux, infrastructures, solutions de stockage. Stocker du gaz coûte 5 euros MWh, soit beaucoup moins que l’électricité. De plus, aujourd’hui la filière gaz représente 160 000 emplois. À horizon 2050, ce sont 90 000 emplois supplémentaires qui seront créés grâce à l’essor des gaz verts, sans compter la consolidation de l’activité agricole de notre pays et les autres effets secondaires désirables du biogaz (économie d’engrais par exemple).

Je crois fermement à la complémentarité des énergies et à la place du gaz, incontournable dans le mix énergétique. Il s’agit là de la seule solution réaliste qui nous permettra de contribuer à un futur responsable et un progrès plus harmonieux.