Tribune publiée le 16 janvier 2018 sur LinkedIn (extraits)

Anne Chassagnette

Après une année 2017 marquée par une série inédite de catastrophes climatiques, la transformation climatique à l’œuvre s’impose comme le premier défi global que nous avons à relever collectivement.

Les engagements internationaux nous placent aujourd'hui sur une trajectoire de plus de 3°C de réchauffement de la planète, donc très éloignés des objectifs de l'Accord de Paris conclu il y a deux ans et qui vise à limiter la hausse des températures sous le seuil de 2 °C, et si possible 1,5 °C.

On voit donc qu’une mobilisation beaucoup plus forte, une véritable révolution s’impose dans nos modes de production et de développement.

La finance doit jouer un rôle-clé, moteur au cœur de cette révolution. Son rôle est fondamental pour stimuler le déploiement de projets d’efficacité énergétique et de projets bas-carbone. La réorientation de milliards d’investissements est nécessaire pour permettre cette transformation de nos business modèles.

Les grands acteurs de la finance, les fonds d’investissement ont donc un rôle-clé à jouer et doivent être associés à toutes les discussions et réflexions. C’était bien là l’objectif du One Planet Summit du 12 décembre dernier à Paris, qui visait à remobiliser les acteurs de la COP21 et à réunir les fonds mondiaux pour lutter contre le changement climatique.

Aujourd’hui, le monde de la finance se saisit des sujets climatiques. C’est un mouvement de fond et le nombre d’investisseurs qui s’engagent dans la lutte contre le changement climatique, en réduisant l’empreinte carbone de leurs portefeuilles, croît très rapidement. Il rassemble déjà les plus grands gestionnaires de fonds, comme le fonds souverain norvégien mais également AXA, Allianz, BNP Paribas… etc.

Dans ce contexte, on voit se développer des approches constructives, basées sur le dialogue entre investisseurs, parfois regroupées au sein de coalitions, et entreprises. Les investisseurs affirment leur volonté d’engager le dialogue avec les entreprises pour contribuer aux choix stratégiques permettant de rediriger l’allocation de capital vers des projets durables. BlackRock est un exemple emblématique de cette démarche.

Les avancées en matière de transparence et de la publication d’informations financières relatives au climat ont également été importantes au cours de l’année dernière. Ainsi, le groupe de travail du Financial Stability Board (FSB) connu sous le nom de Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TFCD) a rendu son rapport final avec une série de recommandations portant sur des informations à intégrer dans le rapport financier ; c’est ainsi 11 éléments de transparence qui sont attendus sur 4 axes - gouvernance, stratégie, gestion des risques, indicateurs et objectifs.

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Du côté des outils, on voit que le marché des obligations vertes, les green bonds, se développe rapidement : en 2017, c’est un montant record et équivalent à 120 milliards d’euros qui ont été émis et certains experts s’attendent à ce que la barre des 165 milliards d’euros soit franchie en 2018. Pour un Groupe comme ENGIE, c’est un levier puissant au service de sa transformation vers des activités décarbonées, des solutions décentralisées et digitalisées. À ce jour le Groupe a en effet émis plus de 6,25 milliards d’euros d’obligations vertes, avec une émission toute récente de 1 milliard en ce début d’année 2018.

Le sujet de la traduction comptable du risque climatique dans les analyses financières et dans l’industrie de l’assurance est devenu essentiel. Le FMI intègre désormais le risque climatique dans ses scenarii et modèles macroéconomiques et identifie le retard dans la lutte contre le changement climatique comme un des risques principaux susceptible de faire dérailler la croissance mondiale. […]

Mobiliser le financement des secteurs privé et public et créer un cadre innovant pour développer la finance durable

Financer le développement est essentiel pour réussir la transition vers une économie bas carbone. Il faut concevoir des outils financiers innovants pour prendre en considération les risques climatiques et les actions pour le climat au moment où l'investissement est évalué, et trouver des modèles financiers qui permettent de mieux évaluer la valeur de l'avenir.

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Le plan d'action pour « mettre la finance au service du climat » qui sera dévoilé par la Commission Européenne en mars prochain, et qui fera suite à la remise du rapport du groupe européen d’experts de haut niveau sur la finance durable (HLEG), devrait permettre de poursuivre les avancées de la finance durable et stimuler le marché des produits financiers verts en intégrant notamment un Green supporting factor, en établissant une taxonomie de l’économie verte et des labels verts européens.