Interview d’Isabelle Kocher dans LesEchos.fr

Isabelle Kocher

Les Echos - Qu'attendez-vous, en tant que patronne d'une grande entreprise de l'énergie, du sommet sur le climat qui se tient ce mardi à Paris ?

Isabelle Kocher - Ce sommet est d'abord un symbole fort, suite à la décision de Donald Trump de sortir de l'Accord de Paris. Ce qui est positif, c'est que cette décision n'a pas changé le sens de l'histoire. Paradoxalement, elle a même provoqué un sursaut, notamment dans certains Etats américains comme la Californie. Il n'y a plus de débat sur la nécessité d'agir. L'enjeu, désormais, c'est la rapidité de la mise en œuvre. Le rythme actuel ne permettra pas de tenir le scénario d'un réchauffement contenu à 2°C. Il faut accélérer.

Que faut-il faire ?

Lever les freins, mettre fin à des incohérences. Par exemple en établissant un prix plancher pour la tonne de CO2, comme l'a fait le Royaume-Uni. Je préconise de le fixer entre 20 et 30 euros, pour la France mais aussi, a minima, l'Allemagne et le Benelux. Le prix actuel en Europe, entre 5 et 7 euros, est beaucoup trop bas. Il favorise le recours croissant au charbon pour produire de l'électricité, en Allemagne en particulier.

Un autre frein, c'est celui du financement. En Afrique, les besoins en électricité sont énormes, les ressources renouvelables sont là, mais les projets ne décollent pas. Cette année, seulement deux grandes unités de production d'électricité ont été mises en service pour tout le continent. Pourquoi ? En plus du risque politique, les projets sont de taille trop faible pour les investisseurs. Il faudrait agglomérer beaucoup de petits projets pour intéresser les fonds d'investissement. Cela demande un très gros travail de standardisation. La fondation Terrawatt Initiative, que je préside, travaille sur ces problématiques en proposant un modèle de contrat standardisé.

En quoi les entreprises sont-elles légitimes pour lutter contre le changement climatique ?

Les enjeux sont de moins en moins dans les mains des Etats, qui ne sont plus les seuls à décider. Le propre de la transition énergétique, c'est justement qu'on est en train de passer à un système piloté par des entités beaucoup plus petites et décentralisées. Les consommateurs jouent un rôle de plus en plus actif, les collectivités territoriales mettent en place des réglementations, les entreprises prennent des décisions d'investissement qui influencent les évolutions.

Comment ENGIE investit-il dans ce domaine ?

L'un des axes forts de notre développement, c'est l'amélioration de l'efficacité énergétique. Et notamment l'efficacité énergétique des bâtiments. Nous sommes prêts à investir 1 milliard d'euros en France dans ce domaine au cours des cinq prochaines années, en signant des contrats de performance énergétique avec nos clients. Nous en avons déjà 4.000, essentiellement avec des entreprises du secteur tertiaire. Avec ces contrats, notre rémunération dépend des économies d'énergie que nous permettons de réaliser à échéance de dix ou quinze ans en changeant les chaudières, en isolant mieux, en installant des capteurs... Nous nous engageons sur 20 % à 30 % d'économies pour nos clients sur leur facture. A l'échelle mondiale, ces activités représentent aujourd'hui 700 millions d'euros de résultat opérationnel courant. Nous prévoyons une multiplication par quatre d'ici à 2026.

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