Tribune de Jean-Marc Leroy

Qu'est ce que le biogaz ?

Le biogaz est un produit issu de la méthanisation des déchets organiques fermentescibles tels que effluents agricoles ou industriels, déchets ménagers, boues d’épuration des eaux. C’est un gaz renouvelable car il est issue des déchets qui ne seraient pas valorisés par ailleurs. Il s’intègre ainsi dans une logique d’économie circulaire.

Quelles sont les qualités environnementales du biogaz ?

Le biogaz présente des qualités environnementales indéniables puisqu’il permet de répondre à trois enjeux essentiels pour le futur de l’humanité.

Tout d’abord c’est une technologie qui permet le développement local d’une énergie décarbonée, le biogaz, via une utilisation vertueuse du cycle du carbone.

De plus, c’est un moyen de faire face à un de nos enjeux majeurs pour l’avenir : le traitement des déchets. En effet, la hausse de 9% de la population mondiale d’ici 2030 engendrera une augmentation de la production de déchets de 70%.

Enfin, le biogaz soutient le développement d’une agriculture durable en permettant à l’agriculteur de produire des engrais organiques et d’éviter ainsi les épandages qui polluent à l’azote les sols et les nappes souterraines. Sachant que la production d’une tonne d’engrais artificiel engendre l’émission de sept tonnes de CO2, le biogaz offre une solution écologique d’autonomie agricole.

Y a-t-il un usage privilégié de cette technologie ?

Le propre de toute énergie est que moins elle est transformée, plus elle est efficace.

Le meilleur moyen d’utiliser le gaz se fait donc via des injections dans le réseau. L’injection du biogaz, préalablement purifié (et ainsi appelé biomèthane), dans les réseaux gaziers permet leur transformation progressive en « réseaux sociaux » puisque tout le monde ne peut pas produire en même temps.

L’autre usage intéressant est la mobilité avec une forte demande de la part de clients industriels pour mettre en place une mobilité verte.

Pour ce qui est des agriculteurs éloignés des réseaux de gaz, les solutions de cogénération permettent à l’agriculteur de produire à la fois son engrais, sa chaleur, son électricité et de revendre l’excédent sur le réseau électrique.

Quelles sont les qualités sociétales du biogaz ?

La méthanisation doit être vue également comme un soutien au maintien de l’emploi en milieu rural. En effet, elle constitue non pas un revenu de substitution, mais bien un revenu supplémentaire pour l’agriculteur. En France, ce revenu est d’ailleurs estimé par l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie en moyenne à 15 000 euros par an, somme conséquente pour un producteur.

Pour développer le biogaz, il s’agit donc d’instaurer un climat de confiance permettant à la fois d’assurer des financements aussi bien publics que privés (associant exploitants, industriels et banques par exemple) et de garantir la qualité de la filière. Ce travail de structuration est notamment déployé aux Pays-Bas et il s’agit aujourd’hui de reproduire cette démarche en France et dans le monde.

Qu’en est-il de la question de l’usage des sols pour la production d’énergie et non pour la production de denrées alimentaires?

Les questionnements autour de l’usage des sols à des fins de production d’énergie n’ont tout d’abord pas lieu d’être concernant l’utilisation des déchets agricoles dans la production de biogaz.

Par ailleurs, ENGIE considère qu’il existe un important gisement du côté de l’industrie agro-alimentaire (environ 1/5e du gisement agricole), qu’il est nécessaire de développer dans le respect de règles sanitaires fortes et claires. Il s’agit en effet d’aider au développement d’une agriculture durable : la qualité du sol est un enjeu essentiel, et la qualité des engrais utilisés est donc également une question fondamentale.

ENGIE ne fait pas reposer ses business models sur des cultures dédiées à la production d’énergie. Il estime que l’un des enjeux clés est d’utiliser des cultures intermédiaires. Ces cultures consistent, entre deux récoltes, à ensemencer le champ pour éviter une nitrification des sols. Elles permettent ainsi aux agriculteurs de produire l’énergie nécessaire à leurs futures récoltes tout en améliorant la qualité des sols.

Faut-il développer le biogaz alors que éolien et solaire sont des technologies plus matures et donc moins coûteuses ?

J’ai la conviction qu’en développant le biogaz tel que prévu dans un certain nombre de pays, on observera une convergence en 2030 entre le prix du biométhane et le prix du gaz naturel avec taxe carbone. En effet, nous avons là une filière naissante avec un potentiel de réduction de coûts encore très important.

Par ailleurs, les différentes énergies ne rendent pas le même service et sont ainsi en totale complémentarité les unes avec les autres. Le gaz peut ainsi compléter les autres énergies : il est facilement stockable et peu cher à transporter.

ENGIE défend une vision globale du développement énergétique en misant à la fois sur les réseaux de chaleur, les réseaux électriques et les réseaux de gaz de manière à tirer profit des avantages techniques de chaque énergie. Cette flexibilité et cette conception du système dans sa globalité sont indispensables aujourd’hui : il ne s’agit pas de faire du gaz advocacy ou de l’electricity advocacy mais au contraire, de dépasser un simple raisonnement en silo pour promouvoir un mix énergétique équilibré prenant en compte les enjeux de chacun des pays où nous intervenons.

Faut-il s’inspirer de l’exemple allemand ? Quelles leçons doit-on en tirer ? Quels sont les principaux obstacles au développement du biogaz en France.

L’exemple allemand trouve sa limite dans les cultures dédiées. Dans certains pays du monde la question essentielle est avant tout de nourrir les populations. La question de l’accès à l’énergie reste alors une question fondamentale mais secondaire par rapport à cet enjeu essentiel.

Tant que les exploitations sont insuffisantes pour nourrir la population, la sécurité alimentaire doit rester la priorité. L’avantage du biométhane est de pouvoir traiter les deux problématiques de façon efficace.

Comment le Groupe se consacre-t-il à la question du biogaz ?

Beaucoup de nos structures sont mobilisées sur ce sujet et ont déjà développé des expertises différentiantes.

Le travail de développement de cette énergie du futur doit se faire dans le respect de la volonté des agriculteurs qui ne veulent bien entendu pas se voir dépossédés de la gestion de leurs productions et souhaitent garantir la qualité de leurs terres.

Le business model défendu par ENGIE consiste donc à se positionner comme un partenaire de l’agriculteur, un facilitateur, qui apporte ses expertises pour développer un gaz vert et une agriculture durable.


Interview réalisée par Anne Chassagnette, Directrice de la Responsabilité Environnementale et Sociétale d’ENGIE.

En savoir plus