Interview de Yoven Moorooven, Directeur général ENGIE Afrique

Yoven Moorooven

Quels sont les défis énergétiques qui attendent l’Afrique subsaharienne ?

L’Afrique se développe et nombre des économies qui enregistrent la croissance la plus rapide dans le monde se situent justement en Afrique subsaharienne. La région devrait croître de 3,8 % cette année1, ce qui dépasse de loin le taux de croissance de l’Europe, qui se situe à 2,3 %2.

Cette croissance exerce toutefois une pression toujours plus forte sur l’infrastructure énergétique disparate du continent. La demande en énergie a toujours été plus élevée que la production et, à l’heure actuelle, plus de 600 millions de personnes – soit 60 % de la population – n’ont pas accès à l’électricité en Afrique subsaharienne.

D’autres chiffres nous donnent une idée de l’ampleur des enjeux qui attendent le continent : sa population devrait doubler dans les 30 prochaines années pour atteindre plus de 2 milliards d’habitants. 50 % des Africains vivront dans des villes d’ici à 2030. La rapide urbanisation du continent et son infrastructure rendent la vie dans les métropoles africaines onéreuse et ralentissent la croissance économique. Autant d’aspects qui auront des conséquences considérables pour l’accès à l’énergie, à l’eau potable, et généreront une demande accrue pour l’assainissement et la purification, mais aussi l’irrigation pour l’agriculture et l’agro-industrie, etc.


Quel facteur décisif pourrait changer la donne et permettre à l’Afrique de relever les défis énergétiques qui l’attendent ?

Indéniablement, les technologies digitales revêtent une importance croissante, notamment en raison de la hausse de la demande d’innovation, d’adaptation aux nouvelles technologies du marché et du développement de nouvelles compétences. Dans l’ensemble, l’innovation prospère en Afrique et les efforts sont nombreux pour améliorer l’environnement de pionniers prometteurs, avec des plateformes technologiques qui éclosent un peu partout sur le continent et des programmes universitaires de haut niveau qui forment les prochaines générations.

De même que la téléphonie mobile a transformé le continent, l’Afrique s’apprête à faire un véritable bon technologique en termes d’apport énergétique. La digitalisation du secteur permet aux fournisseurs de préserver la stabilité et la fiabilité du réseau, de mieux le surveiller et d’identifier plus efficacement les défaillances, de réduire les coûts d’exploitation et de maintenance et d’étendre la durée de vie des actifs. Les solutions d’électricité décentralisée, à l’instar des systèmes solaires à domicile, et des mini-réseaux fonctionnent par paiement mobile et autres applications digitales. Pour toutes ces raisons, ENGIE pense qu’en fonction de la demande énergétique régionale, l’accès universel à l’énergie est possible dans un futur proche, par l’association d’une extension des réseaux nationaux, des mini-réseaux, et des solutions solaires prépayées.


Qu’est-ce qu’ENGIE peut apporter au continent africain ?

ENGIE est présent en Afrique depuis des décennies, et déjà bien implanté dans plusieurs régions du continent. Nous souhaitons continuer de co-développer et de mettre en œuvre les solutions les plus pertinentes, les plus créatrices de valeur et les plus innovantes pour satisfaire aux besoins socio-économiques des populations africaines. Nous allons continuer de développer des modèles pour répondre à ces besoins, en insistant sur la chaîne de valeur dans son ensemble. Ce qui passe par une production d’électricité centralisée et décentralisée, ainsi que par des services énergétiques et des solutions décentralisées pour les clients déconnectés du réseau.

À l’avenir, nous allons ainsi développer nos solutions d’électricité centralisée, à l’instar de la centrale solaire concentrée de 100 MW de Kathu, que nous inaugurons ce 4 avril. Nous allons également capitaliser sur nos solides positions dans les services énergétiques au Maroc, en Afrique du Sud en Côte d’Ivoire et nous développer sur ce marché. Grâce à nos solutions énergétiques hors réseau (mini-réseaux avec PowerCorner et systèmes solaires à domicile avec Fenix) nous voulons promouvoir l’accès à l’énergie.

Tout ceci doit être co-développé en étroite collaboration avec les parties prenantes africaines, les pouvoirs publics et les législateurs, les clients industriels et les partenaires potentiels. À terme, ce sont les Africains qui peuvent résoudre les problèmes de l’Afrique. Chez ENGIE, nous entendons être un collaborateur de choix sur le long terme, en apportant nos compétences techniques, juridiques et financières. L’ancrage local et le développement d’une approche claire de partenariat avec les parties prenantes africaines sont ici essentiels. Nous voulons écouter et comprendre les besoins de nos clients ; démarche qui sert de point de départ à toutes nos stratégie, quelles qu’elles soient.


https://qz.com/africa/1522126/african-economies-to-watch-in-2019-and-looming-debt/
2 http://pubdocs.worldbank.org/en/877061542818414887/Global-Economic-Prospects-Jan-2019-Regional-Overview-ECA.pdf