Nicolas Mottis

Quelle corrélation existe-t-il entre performance financière et performance RSE ?

De nombreux articles et études ont été publiés sur le sujet, notamment aux Etats-Unis du fait de la loi qui oblige les gérants d’actifs à maximiser d’abord et avant tout la création de valeur actionnariale, la performance RSE ne pouvant alors s’obtenir à son détriment. Si certains travaux concluent à une corrélation positive, d’autres ne tranchent pas et beaucoup concluent à une corrélation négative en cohérence avec la vision financière classique qui considérait que réduire un univers d’investissement à partir de critères RSE allait forcément dégrader la performance du portefeuille. Aujourd‘hui, la communauté académique s’accorde très largement sur la conclusion que l’on peut avoir parfaitement de la performance RSE sans forcément dégrader la performance financière. Concilier performance RSE et satisfaction de l’actionnaire est donc possible.

Quels sont les sujets qui intéressent la recherche académique dans le domaine de la RSE ?

Aujourd’hui, on peut citer notamment les trois sujets suivants :

  • Les risques financiers liés au changement climatique. Ils sont devenus essentiels pour les gérants de portefeuilles et les opérateurs impactés. Les financiers disposant d’ores et déjà de beaucoup de données quantitatives, cela génère un intérêt accru de leur part comme l’atteste par exemple la démarche de la TCFD.
  • La mesure d’impact en matière d’ISR. Bien au-delà des notations RSE des agences de notation, la notion d’impact pousse les acteurs à creuser leurs chaines de valeur, à travailler sur le modèle causal de leur performance et à mieux comprendre et mesure leurs impacts extra-financiers réels. Dans le cas d’une entreprise comme ENGIE c’est par exemple d’arriver à identifier, mesurer et démontrer les impacts pour l’environnement des économies d’énergie générées chez ses clients grâce aux offres et services du Groupe.
  • La convergence des approches financière et extra-financière symbolisée par le rapport intégré. ENGIE a engagé ce type de démarche depuis longtemps.

Comment voyez-vous l’évolution de l’ISR en France ?

La performance RSE intéresse de plus en plus de fonds et de classes d’actifs. selon la dernière enquête de place FIR-AFG, on estime aujourd’hui à près de 1.000 milliards d’euros le volume d’actifs financiers en France qui tiennent compte aujourd’hui de critères RSE de façon plus ou moins forte, dont 300 milliards en gestion ISR stricte, soit plus de 10% des actifs sous gestion en France, ce qui est significatif. La loi PACTE en France va encore renforcer cette tendance en demandant que des produits comme les contrats d’assurance vie proposent des fonds ISR.

On voit également se développer des labels comme le label ISR, créé il y a un peu plus de 2 ans avec aujourd’hui plus de 200 fonds labellisés et 50 milliards d’euros d’actifs sous gestion, et qui offre des garanties supplémentaires aux épargnants. L’idée est de mettre à disposition des signaux de qualité qui permettent aux épargnants d’identifier les impacts réels de leur épargne et de les guider. La sensibilité croissante des épargnants à cette thématique est une très bonne chose dont il faut se féliciter. Cela annonce également une exigence accrue de la part de ces mêmes épargnants, qui voudront avoir la certitude que leurs fonds vont au bon endroit, ce que les entreprises devront pouvoir démontrer.