Tribune de Clément Jeannin

Quelles évolutions voyez-vous dans le financement des entreprises ? Constatez-vous une évolution positive de la finance durable ?

La finance durable est en plein essor. Les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sont de plus en plus suivis par les investisseurs spécialisés dans l’Investissement Responsable (ISR), mais aussi par les investisseurs mainstream. Leur approche n’est en outre plus seulement focalisée sur la prise en compte des risques, mais davantage sur les opportunités – ce qui n’était pas encore le cas il y a quelques années. L’exposition des entreprises aux risques climatiques est par exemple désormais très suivie.

Le développement de la finance durable est soutenu par les investisseurs, les entreprises et le régulateur, mais aussi par la société civile, qui souhaite désormais investir de façon responsable. Les travaux du Groupe d’Experts de Haut Niveau sur la Finance durable (HLEG) formé par la Commission Européenne contribuent également au développement du marché. Ces travaux ont abouti au « plan d'action pour une économie plus verte et plus propre » publié par la Commission Européenne, annonçant entre autres la mise en place d’un groupe de travail permettant de publier une première taxonomie des actifs durables début 2019, d’abord sur le climat puis sur d’autres activités environnementales. Dans les prochaines années, les investisseurs communiqueront davantage sur leurs attentes en matière de reporting, particulièrement sur l’horizon de temps optimal des indicateurs financiers et sur les données ESG attendues. L’obligation fiduciaire sera elle aussi davantage orientée sur la prise en compte des critères ESG, qui s’avèrent de plus en plus matériels pour les investissements.

Comment intégrez-vous les préoccupations environnementales dans vos modes de financement ?

Nous considérons que la finance est un outil puissant de transformation de la société : elle participe à la construction du monde de demain. Par conséquent, nous nous employons à développer une finance responsable qui intègre les enjeux et les défis d’une économie durable. Pour ce faire, nous proposons des solutions d’investissements innovantes visant à réduire les impacts sociaux et environnementaux tout en prenant en compte la solidité financière sur le long terme. Les critères ESG sont suivis dans tous nos investissements (fonds d’actions, fonds d’obligations, fonds d’infrastructures, etc.). Pour les évaluer, nous nous appuyons sur notre équipe de recherche dont chaque membre est dédié à un secteur particulier. Nous regardons également la gestion des risques et des opportunités, mais aussi la prise en compte des Objectifs de Développement Durable de l’Organisation des Nations unies. Le climat fait partie des grandes transitions que nous analysons avec l’évolution de la démographie, la digitalisation et la transparence de la gouvernance des entreprises. Pour le secteur de l’énergie, nous suivons principalement les enjeux concernant les énergies renouvelables, les combustibles fossiles et l’efficacité énergétique. Si les préoccupations environnementales sont communes à tous les secteurs d’activité, le secteur de l’énergie, qui irrigue l’ensemble de l’économie, joue un rôle de premier plan. Celui-ci s’est d’ailleurs profondément transformé ces dernières années, comme en témoigne ENGIE, qui a fait le choix de s’orienter vers les énergies bas carbone et dont le plan de transformation a été réalisé à 90 %.

La démarche d’integrated thinking qui vise à mesurer la performance globale (financière et extra-financière) vous semble-t-elle importante ? Pour quelles raisons ? Percevez-vous une tendance à sa prise en compte par les investisseurs ?

Pour les analystes ISR, il est très intéressant d’avoir à notre disposition des rapports intégrés, en particulier lorsqu’un lien réel est fait entre le développement durable et la stratégie. C’est notamment le cas pour le rapport intégré d’ENGIE qui présente un seul et même discours : nous pouvons y trouver une communication portant à la fois sur le court terme et le long terme, dans laquelle le développement durable est entièrement intégré à la stratégie du Groupe. Dans cette 5e édition du rapport intégré, ENGIE présente la création de valeur au regard des grandes tendances sociétales, des enjeux matériels pour le Groupe et ses parties prenantes mais aussi des Objectifs de Développement Durable de l’Organisation des Nations unies. Cette pratique d’ENGIE est en ligne avec les orientations actuelles de la finance durable.