Martin Jahan de Lestang

Quelle est l’ambition d’ENGIE sur le biogaz ?

ENGIE se positionne sur l’ensemble de la chaîne de valeur de la filière biométhane : du développement des projets, en étroite collaboration avec les agriculteurs, jusqu’à la vente aux clients finaux. Le Groupe a pour ambition d’atteindre 15% de part de marché en France d’ici 2023. Le Groupe et ses partenaires mobiliseront ainsi 800 M€ d’ici à 2023 pour une cible de 1,5 TWh/an de biométhane injecté en France à cet horizon et jusqu’à 5 TWh en 2030. Grâce à l’acquisition récente de Vol-V, le Groupe devient le leader du biométhane en France avec 9 unités de production et un portefeuille d’environ 80 projets.
Le Groupe souhaite disposer d’une vraie plateforme de développement en France et aux Pays-Bas, pour rayonner à l’international, notamment dans les pays offrant un cadre attractif pour le développement de projets biogaz (Brésil, Indonésie, États-Unis).

Comment le Groupe collabore-t-il avec ses parties prenantes, notamment le monde agricole, dans la construction de cette nouvelle filière ?

Le monde agricole est une partie prenante clé pour le développement du biogaz, puisqu’il maîtrise la ressource, et le Groupe veut coopérer étroitement avec celui-ci pour industrialiser la filière et l’aider à baisser les coûts sans mettre en risque la rentabilité des projets.

Dans cet objectif, ENGIE a conclu au salon de l’agriculture des partenariats structurants avec la fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), la fédération nationale des coopératives d'utilisation de matériel agricole (FNCUMA) et l’institut national de recherche agronomique (INRA). Ces partenariats doivent accélérer le développement de la filière tout en maîtrisant le coût du soutien public qui lui est apporté via les tarifs d’injection. ENGIE est aussi impliqué dans des techno-centres dont les travaux permettront d’optimiser le processus de méthanisation, de mettre en place des formations dédiées et de contribuer à la diffusion des connaissances.

Le Groupe développe également des solutions pour lever des barrières rencontrées par les agriculteurs dans le développement de leurs projets. Lilibox par exemple, solution développée par le Crigen, permet de surmonter des contraintes d’injection dans les réseaux grâce à du stockage temporaire de biométhane sous forme liquéfiée. D’autres coopérations existent avec des start-up pour digitaliser la production du biométhane ou explorer des technologies innovantes comme la méthanation biologique.

Quels sont les défis à relever dans le développement de cette filière ?

La réduction des coûts est un défi majeur pour le développement des gaz verts et concentre l’essentiel de la discussion avec l’Etat dans le cadre de la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui paraît moins ambitieuse que la précédente parce que l’Etat veut en limiter le coût budgétaire, malgré les externalités positives que tous reconnaissent à la filière. ENGIE veut accompagner l’industrialisation de la filière pour baisser les coûts et atteindre à terme la parité avec le gaz naturel augmenté de la taxe carbone. La période 2019-2023 sera clé pour franchir un premier palier industriel, à condition que la filière puisse jouer sur un effet volume suffisant, raison pour laquelle la bonne cible d’injection à 2023 paraît devoir être 8 ou 10 TWh plutôt que les 6 TWh qui figurent actuellement dans le projet de PPE.

Le Groupe investit aussi, via ses filiales régulées, dans l’adaptation des réseaux et stockages pour permettre l’intégration des gaz verts dans un système énergétique de plus en plus renouvelable. Nous sommes convaincus que le développement rapide des gaz verts et les baisses de coûts sont possibles à condition que la société française et l’Etat se mobilisent autour de l’ambition d’une transition énergétique décentralisée et solidaire, au plus près des ressources de chaque territoire.