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jui
2016

Anniversaire de la loi transition énergétique

À l’occasion du premier anniversaire de la loi sur la transition énergétique, Gérard Mestrallet, Président du Conseil d’administration du Groupe ENGIE, est intervenu ce 22 juillet au Palais de l’Elysée sur le prix du carbone comme levier fondamental de la transition énergétique.

Gérard Mestrallet est intervenu lors d'une table ronde sur les entreprises et la transition énergétique, en présence du Président de la République, François Hollande et de Ségolène Royal, Ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie.

Les risques associés au changement climatique ont fait de la transition énergétique et écologique une nécessité et une urgence. Tous les acteurs sont concernés, les citoyens dont le comportement modifiera la demande, les autorités politiques et bien sûr les entreprises.

Les entreprises apporteront de nouvelles solutions.

Ces solutions sont de trois natures : technologiques, avec des produits à faible contenu carbone, organisationnelles, avec la mise en œuvre des préceptes de l’économie circulaire par exemple, et financières enfin.

Dans tous ces domaines, l’innovation sera clef. Elle passe par la multiplication des projets Greentech, à l’image de ceux que nous venons de voir, qu’ils soient portés par des start-up ou développés par des grands Groupes. Ainsi ENGIE par exemple, mobilise toutes ses capacités d’innovation, en réorientant ses laboratoires de recherche et en aidant à l’éclosion de start-up.

Alors que les négociations internationales organisées par l’ONU sur le climat relèvent de la responsabilité des Etats, ce rôle clef des entreprises justifie qu’elles puissent échanger avec les gouvernements.

En préparation de la COP21, la France a décidé de lancer, sous l’impulsion des entreprises françaises, les Business Dialogues, qui ont réuni une trentaine de représentants des gouvernements nationaux et le même nombre de patrons d’entreprises internationales, tous secteurs confondus. Ces échanges ont permis une contribution utile dont les principales recommandations ont été prises en compte dans l’Accord de Paris.

Le prix du carbone, un des sujets de ces Business Dialogues, est un élément jugé majeur par les entreprises pour accomplir cette transition énergétique vers un modèle compatible avec le respect de la limite de 1,5°C ou 2°C degrés. Or, aujourd’hui, les prix du carbone sont souvent trop bas pour déclencher les investissements bas-carbone. C’est le cas notamment en Europe où le prix de la tonne de CO2 reste actuellement à un niveau voisin de 6€. De plus, seules 12% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont couvertes par une tarification carbone à ce jour, c’est trop peu.

En mars dernier Madame la ministre Ségolène Royal, nous a donc demandé à M. Canfin, M. Grandjean et moi-même de conduire une mission de réflexion sur les mécanismes de prix du carbone, dont le rapport a été remis le 11 juillet.  

En substance, je mentionnerai quelques recommandations :

  • Au niveau international, en relais de l’objectif que s’est donné la CPLC, Carbon Pricing Leadership Coalition –initiative lancée par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, le rapport propose de promouvoir un élargissement rapide de la tarification du carbone pour atteindre dès 2020 une couverture d’au moins 25% des émissions mondiales (soit le double d’aujourd’hui). Nous proposons aussi de mettre en place une commission de haut niveau (désignée par l'ONU) pour définir la trajectoire indicative d'un corridor de valeurs sociales du carbone, alignées avec l’objectif des 2°C et les objectifs de transferts Nord/Sud. Ce « GIEC » du prix du carbone contribuerait par ses travaux et la définition de « points de repère » à réduire les risques de fragmentation des initiatives de tarification du carbone, et à faire converger les anticipations vers les investissements bas carbone.
  • Au niveau européen, il est nécessaire de corriger le prix sur le système d’échange de quotas (EU ETS). Le prix actuel est incohérent avec l’Accord de Paris et les objectifs de réduction de long-terme de l’Union Européenne (réduction des émissions de 80 à 95% d’ici 2050).

D’autre part, des entreprises de plus en plus nombreuses ont recours à des prix internes du carbone. Il est de ce fait important que les prix réels du carbone supportés par les acteurs puissent se rapprocher progressivement des niveaux des prix internes adoptés par les entreprises. Un benchmark réalisé dans le secteur des entreprises de l’énergie a montré que ces niveaux pouvaient atteindre 60€/t.

La mission a proposé d’instaurer un corridor de prix, avec un plancher de 20 à 30€/t en 2020 évoluant de 5 à 10% par an pour atteindre 50€ en 2030 et un plafond de 50€ en 2020 évoluant au même rythme.

Outre le signal prix, apporté par le plancher, suffisant pour déclencher les investissements bas carbone, ce corridor lisserait au cours du temps le coût de la transition en permettant une adaptation progressive – condition essentielle à une large acceptation sociale - avec un système suffisamment flexible pour s’ajuster de manière plus réactive lors de chocs exogènes comme les récentes crises économiques.

  • Au niveau français, nous avons concentré nos réflexions sur le secteur électrique en veillant à optimiser le bénéfice environnemental, à ne pas déstabiliser la sécurité d’approvisionnement énergétique et comme l’a souhaité le Président de la République, à « privilégier l’utilisation du gaz par rapport au charbon ». La substitution des centrales charbon par des CCGT est en effet un bon levier pour réduire rapidement les émissions de CO2 du secteur électrique partout dans le monde.

Nous avons donc proposé de pénaliser l’utilisation du charbon, soit de façon normative, soit par une taxe dont les éléments seront précisés d’ici la fin du mois sur demande de madame la ministre.

Longtemps considérées comme un fardeau économique, les politiques climatiques apparaissent aujourd’hui comme un nouveau levier pour créer de la richesse.

Les entreprises en sont conscientes et sont aujourd’hui motrices pour accompagner la transition énergétique et écologique. Avec la loi dont nous fêtons aujourd’hui le premier anniversaire, la France donne l’exemple, dont nous espérons qu’il sera suivi dans de nombreux autres pays.

Dans le secteur de l’énergie, nous avons même la conviction que cette transition déjà engagée doit être accélérée. A n’en pas douter, la poursuite du dialogue gouvernants/entreprises et la généralisation de la tarification du carbone sont deux moyens d’y parvenir.

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