Directeur Général d’ENGIE depuis 2016, Isabelle Kocher est 3ème du classement international « Most Powerful Women » 2017 du magazine Fortune.

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Le changement climatique nous entraîne dans un monde différent qui invite chacun à réévaluer son mode de vie. Comment percevez-vous cet environnement ?

Nous sommes au début d’une révolution énergétique. Le XXIe siècle signera la fin du cycle des énergies fossiles, qui vont, progressivement, être remplacées par les énergies renouvelables décarbonées, comme le solaire, les gaz verts ou le numérique. Cela va modifier en profondeur les comportements. Aux côtés des grandes installations, qui alimentent des régions entières, de multiples productions locales décentralisées vont voir le jour.

Nous voyons émerger un monde dans lequel l’énergie n’est plus synonyme de peur, comme actuellement avec les pollutions de tous ordres ou les risques de conflits géostratégiques. Avec le renouvelable, et en particulier le solaire, la donne change radicalement. La plupart des consommateurs d’énergie seront aussi des producteurs d’énergie. C’est déjà le cas en Californie, où vous voyez que la plupart des maisons ont équipé leur toit de panneaux. Autre changement majeur : des pays qui n’ont aucune source d’approvisionnement, comme le Chili, pourront ne plus être dépendants de leurs voisins. Ce pays a un très grand potentiel renouvelable. Il en sera de même en Afrique, où, grâce au numérique, l’accès à l’électricité sera facilité. Finalement, alors que la précédente révolution industrielle avait laissé pour compte des milliards d’individus, l’actuelle s’annonce plus équitable.

ENGIE veut devenir le leader mondial de cette révolution énergétique. Comment comptez-vous y parvenir ?

La transition énergétique, tout le monde en parle. Cette révolution, nous la menons tambour battant. D’abord, en cédant, d’ici à fin 2018, 15 milliards d’euros d’activités qui n’entrent pas dans cette démarche, telle la production d’électricité à partir du charbon et du pétrole. Ensuite, en investissant 22 milliards d’euros, en trois ans, sur trois activités dans lesquelles nous avons déjà une position de leader : les énergies renouvelables, les réseaux, de gaz en particulier, et enfin, tout ce qui concerne les solutions décentralisés. En France, d’ici à cinq ans, nous comptons multiplier par quatre notre base installée en solaire et par deux l’éolien. Et nous ne demandons pas mieux que de grossir dans l’hydroélectricité si l’Etat remet en jeu les concessions historiques d’EDF. Ce sont d’énormes chantiers. Je suis convaincue que la meilleure façon de créer de la valeur pour un Groupe, c’est de se mettre au diapason de ce que son écosystème attend.

Justement, en quoi cette rupture modifie-t-elle en profondeur le Groupe ?

L’énergie décarbonée et le numérique sont les deux poumons d’ENGIE pour le futur. À partir de là, tout se décline dans nos trois branches d’activités que sont les infrastructures, la production d’électricité et les services d’efficacité énergétique.

Nous avions cinq grandes divisions, une par métier. Nous sommes passés de ces cinq divisions à une organisation par géographie, avec des patrons qui représentent tous les métiers, toute la boîte à outils.

L’enjeu pour nous tous, et pour les collaborateurs en particulier, c’est de se reconvertir et d’être capables de passer des métiers dans lesquels il y aura moins de croissance, voire plus du tout, aux métiers dans lesquels il y en aura. Nous avons mis en place des règles du jeu, avec des efforts très importants de reconversion. Ce qui compte c'est la capacité d'innovation, d'entrepreneuriat, partout sur le terrain. Le Groupe doit abaisser son centre de gravité. D’une baleine, devenir un banc de poissons.

Biographie : une carrière sous le signe de la transformation


Isabelle Kocher, Directeur Général d'ENGIEIsabelle Kocher n’a pas de temps à perdre : mère de cinq enfants elle devient, en 2016, à seulement cinquante ans, la seule femme dirigeante d’un groupe du CAC40. Deux pans de sa vie qu’elle concilie grâce à un sens aigu des priorités et une gestion raisonnée de son temps.

Née à Neuilly-sur-Seine, le 9 décembre 1966, elle est ancienne élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégée de physique et ingénieur du Corps des mines.

Tant dans le public que dans le privé, sa carrière est marquée par la gestion de sujets sensibles et la participation à de grands projets de réorganisation et de réorientation stratégique dans le secteur industriel. De 1991 à 1997, elle est ainsi chargée du projet de réorganisation des ateliers de production au sein de la Société européenne de propulsion (aujourd’hui intégrée à Safran).

En 1997, elle entre au ministère de l’Économie. Remarquée pour sa rigueur, son esprit clair et structuré, sa curiosité intellectuelle, elle est nommée conseillère pour les affaires industrielles au cabinet du Premier Ministre, Lionel Jospin, en 1999, où elle traite de nombreux dossiers cruciaux : EADS, Thales, Areva, l’explosion de l’usine AZF. Elle rejoint le groupe SUEZ, en 2002 et participe notamment, en tant que Directeur de la Performance et l’Organisation, au recentrage du Groupe sur l’énergie, l’environnement, l’eau et à la création de la division services. En 2007, le président-directeur général Gérard Mestrallet la nomme Directeur Général Déléguée de la Lyonnaise des Eaux, puis Directeur Général en charge également du développement des activités eau en Europe au sein de SUEZ Environnement. Elle initie le programme « Idées neuves sur l’eau » et lance de nombreuses réformes, qui contribuent à moderniser la Lyonnaise des Eaux.

En 2014, le conseil d’administration nomme Isabelle Kocher Directeur Général Adjoint de GDF SUEZ, en charge des Finances puis, en 2015, Directeur général délégué d’ENGIE en charge des opérations. En 2016, à l’issue de l’assemblée générale d’ENGIE, la direction générale de l’entreprise est confiée à Isabelle Kocher.

En 2016 et 2017, Isabelle Kocher est classée à la 3e place du classement international « Most Powerful Women » par le magazine Fortune.

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