« La situation actuelle n’est pas comparable à la crise énergétique de 2022 »
Alors que le conflit au Moyen-Orient fait augmenter les prix du gaz et complique le remplissage des stockages européens, Laurent Néry, responsable des analyses de marché chez ENGIE, décrypte les risques pour cet hiver et revient sur les progrès accomplis en Europe depuis la crise russe de 2022 pour réduire sa dépendance au gaz.
Laurent Néry, responsable des analyses de marché chez ENGIE
Après une baisse notable des frappes en août, les affrontements ont repris au Moyen-Orient. Quel impact observez-vous sur les prix du gaz ?
La reprise du conflit a interrompu le redémarrage des exports de GNL (gaz naturel liquéfié) du Qatar, et accentué la pression sur les prix de marché du gaz. Ceux-ci sont passés en deux mois de 40 euros à plus de 70 euros/MWh sur les échéances court-terme, en Europe comme en Asie. Ils reflètent l’anticipation par les marchés d’un blocage durable des exportations qataries, au-delà même de l’hiver 2026-2027. Ils restent toutefois très inférieurs aux niveaux extrêmes atteints en 2022.
Cette situation s’inscrit dans une concurrence entre l’Europe et l’Asie pour l’accès aux cargaisons de GNL. La fermeture du détroit d’Ormuz depuis début mars pèse sur la disponibilité des volumes de GNL à destination de l’Europe. Les importations chinoises ont certes diminué par rapport à 2025 mais d’autres acheteurs asiatiques, comme la Corée du Sud, ont récemment réalisé d’importants achats pour préparer l’hiver.
Après une baisse notable des frappes en août, les affrontements ont repris au Moyen-Orient. Quel impact observez-vous sur les prix du gaz ?
La reprise du conflit a interrompu le redémarrage des exports de GNL (gaz naturel liquéfié) du Qatar, et accentué la pression sur les prix de marché du gaz. Ceux-ci sont passés en deux mois de 40 euros à plus de 70 euros/MWh sur les échéances court-terme, en Europe comme en Asie. Ils reflètent l’anticipation par les marchés d’un blocage durable des exportations qataries, au-delà même de l’hiver 2026-2027. Ils restent toutefois très inférieurs aux niveaux extrêmes atteints en 2022.Cette situation s’inscrit dans une concurrence entre l’Europe et l’Asie pour l’accès aux cargaisons de GNL. La fermeture du détroit d’Ormuz depuis début mars pèse sur la disponibilité des volumes de GNL à destination de l’Europe. Les importations chinoises ont certes diminué par rapport à 2025 mais d’autres acheteurs asiatiques, comme la Corée du Sud, ont récemment réalisé d’importants achats pour préparer l’hiver.
Faut-il s’inquiéter ?
Malgré la chute des exportations qataries, la production mondiale de GNL est, en réalité, légèrement supérieure à celle de 2025 sur les huit premiers mois de l’année. La hausse des exportations des États-Unis et du Canada, ainsi que la production élevée du Nigeria, de l’Australie et de la Norvège, ont permis d’absorber une grande partie du choc.À plus long terme, les nouvelles capacités de liquéfaction devraient encore détendre le marché : même dans un scénario de restriction durable des exportations qataries, l’offre mondiale de GNL pourrait redevenir excédentaire dès 2028.
Quelles sont vos prévisions sur les stockages de gaz en Europe ?
Leur niveau devrait être proche de 75 % à la fin septembre. Ce chiffre historiquement bas, qui s’explique aussi par des stocks déjà faibles au début de la campagne de remplissage, est susceptible d’accentuer la volatilité des prix. Néanmoins, à ce stade il n’y a pas de risque de sécurité d’approvisionnement énergétique.
Les marchés regarderont le rythme de soutirage et le niveau des stocks début janvier 2027 : c’est à ce moment-là que pourrait se situer la zone de tension maximale sur les prix.
Qu’en est-il de la France ?
La France devrait atteindre l’objectif réglementaire de remplissage de 85 % au 1er novembre. La situation est plus tendue en Allemagne et aux Pays-Bas, où les stockages sont en retrait.
Il faut toutefois raisonner à l’échelle européenne, car le marché gazier est fortement interconnecté.
L’Europe a-t-elle tiré les leçons de la crise russe en 2022 ?
En 2022, l’Europe faisait face à un risque immédiat de rupture d’approvisionnement en gaz lié à l’arrêt des livraisons russes par pipeline. Aujourd’hui, il n’existe pas, à ce stade, de risque de pénurie physique de gaz en Europe. La principale conséquence de la crise est une volatilité accrue des prix.
Pour répondre à votre question, l’Europe a effectivement renforcé sa résilience ces quatre dernières années, grâce à cinq facteurs :
- des sources d’approvisionnement plus diversifiées,
- les importations de GNL,
- les mécanismes européens de remplissage des stockages,
- une baisse de la consommation de gaz,
- et une meilleure coordination entre États membres.
Qu’observez-vous sur les marchés de l’électricité en Europe ?
Ils restent exposés aux variations du prix du gaz liées à la crise au Moyen-Orient, mais la croissance du renouvelable en Europe atténue l’impact de celle-ci. Ces dernières années, la production solaire et éolienne a fortement progressé, tandis que la production d’origine thermique a reculé.
Assez logiquement, le système électrique dans les pays dont le mix est le plus décarboné, comme la France et l’Espagne, est moins sensible aux variations du prix du gaz. Notons à ce sujet que la production nucléaire en France est revenue à un niveau normal, bien supérieur à la situation détériorée de 2022.
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