Un ingénieur sécurité au chevet de Notre-Dame de Paris

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Publié le 12 Févr. 2025

On peut être ingénieur sécurité au ENGIE Lab Crigen et expert en géoarchéologie : c’est l’expérience de Jean-Pierre qui a participé à la reconstruction de la célèbre cathédrale. L'occasion était trop belle pour ne pas vous raconter les défis qu’il a relevés. 

 

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Raconte-nous comment tu as contribué à la restauration de Notre-Dame après le terrible incendie de 2019.

Accompagné de Lise Leroux, géologue au Laboratoire de recherche des monuments historiques, nous avons été, tous deux, sollicités par les architectes en charge de la reconstruction. Plus précisément, en intégrant le groupe de travail «  Pierre et mortier, décor monumental » sous l’autorité de l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de Notre-Dame de Paris. Ce groupe comprenait 33 chercheurs spécialisés en archéologie du bâti, géochimie, géophysique, histoire de l’art, histoire des sciences et des techniques et en physique du solide.

Notre mission en tant que géologue était d’identifier les différentes natures et qualités de pierres dans les maçonneries, de retrouver les lieux d’extraction des pierres médiévales et modernes, et, de proposer les carrières aptes à fournir les pierres nécessaires à la restauration. Un vrai travail de détective.

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Quelles difficultés as-tu rencontrées ?

Le principal défi de ce chantier exceptionnel concernait le délai, qui était très serré. Une fois les matériaux sélectionnés, il fallait organiser la logistique et garantir que tout soit fait dans les règles de l’art. Les risques étaient nombreux : les pierres de taille devaient s’intégrer parfaitement dans l’édifice monumental, en retrouvant les méthodes de construction médiévales. Une véritable course contre la montre, mais aussi une expérience humaine incroyable, où chaque expert a donné le meilleur de lui-même pour un objectif commun : reconstruire Notre-Dame.  

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Et en tant qu’ingénieur sécurité, quel a été ton regard sur ce chantier hors normes ?

Cette expérience si particulière s’est déroulée sur un chantier hors norme avec beaucoup d’entreprises intervenantes, créant de multiples coactivités, en présence de nombreux risques majeurs comme le travail en hauteur, le déchargement et le levage des charges lourdes, la manutention, etc. Le chantier contaminé par le plomb a nécessité la mise en place des mesures de protection spécifiques et rigoureuses pour la santé des praticiens. La gestion complexe des risques sur ce chantier de démesure a été très riches d’enseignements pour l’exercice de préventeur au CRIGEN que je fais partager à mes collègues chercheurs.

*Pour aller plus loin, la bibliographie de Jean-Pierre.

  • BLARY F. et GÉLY J.-P. (2020) – Pierres de construction. De la carrière au bâtiment. Collection « Orientations et méthode », n° 34, Éd. CTHS, Paris.
  • GÉLY J.-P. (2012) – « L’approvisionnement en matériaux de construction des chantiers parisiens au Moyen-Âge ». Dans : La demeure médiévale à Paris, Éd. Somogy, Archives nationales, Paris.GÉLY J.-P. (2021) – « Building Stone Through the Centuries: The “Paris Stone” versus the “Oise Stone” (France) ». Dans Carved in Stone – The archaeology of roc-cut sites in stone quarries, BAR Pub. Éd., Oxford.
  • GÉLY J.-P. et LEROUX L. (2019) – « Les pierres d’appareil du Lutétien du bassin de Paris : une ressource complexe et diverse », Bulletin d’Information des Géologues du Bassin de Paris, volume 56-4.
  •  LEROUX L. et GÉLY J.-P. (2024) – « Les pierres des voûtes de Notre-Dame, du Moyen Âge au XIXe siècle. Identification, usages, approvisionnement ». Bulletin monumental, volume 182-4.